Contre-critique

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"14 juillet" de É. Vuillard

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"14 juillet" de Éric Vuillard.

 

"Le 28 avril 1789, la révolution commença ainsi : on pilla la belle demeure, on brisa les vitres, on arracha les baldaquins des lits, on griffa les tapisseries des murs. Tout fut cassé, détruit. On abattit les arbres ; on éleva trois immenses bûchers dans le jardin. Des milliers d'hommes et de femmes, d'enfants, saccagèrent le palais."

Alors que le peuple a faim et que la famine menace en France, deux hommes importants réclament une baisse de salaire de leurs employés. Le premier, Réveillon, propriétaire de la manufacture royale de papiers peints, le second, Henriot, fabricant de salpêtre. Ainsi la révolte du peuple commence, immédiatement réprimée par une autorité semant la mort et incitant à une escalade de la violence.

L'écriture de Vuillard est entraînante. N'hésitant pas à énumérer, mais d'une façon presque ludique et non rébarbative, l'auteur nous convie au drame historique qui secoua la France en cette fin de 18è siècle. Il revient sur les quelques mois précédents la date fatidique du 14 juillet, et relate les événements d'une manière romanesque. Vuillard se permet aussi queques réflexions sur notre époque, comme lorsqu'il compare Necker - qui tient des livres de comptes - aux "traders" du 21è siècle.

"Personne ne put dormir. Autour du Louvre, de petits groupes erraient, mutiques, dans une sinistre maraude. Les cabarets ne fermaient pas. Sur les quais des solitaires pérégrinèrent toute la nuit, ombres bizarres. Il faisait une chaleur écrasante, on ne pouvait pas trouver le sommeil ; dehors, on cherchait un peu de vent, un peu d'air. Paris entier ne dormait pas."

Vuillard est indéniablement proche du peuple. Son récit les place au centre de son roman, sans pour autant oublier les autres, les bourgeois ou les gardes. Il nous parle également de Paris, lors d'un chapitre éponyme, comme d'un personnage à part entière ; une capitale qui croit, s'étend et échappe au contrôle des cartographes.

L'auteur exécute un travail d'investigation, pour retrouver les témoignages et les noms des participants, et d'imagination, lorsqu'il suppute et relate l'ambiance relative aux événements. C'est à la fois instructif et vibrant d'humanité, car ce sont des hommes qui agitent le récit, ceux qui vivent et meurent en accomplissant parfois de brefs envolées.

Dans l'ensemble, ce n'est pas exceptionnel mais ça se lit facilement et, en fin de récit, "14 juillet" nous incite même à la désobéissance.

R.P.



30/11/2016
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