Contre-critique

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"Bandini" de J. Fante

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"Bandini" de John Fante.

 

"(...)ses yeux écarquillés dévorant les ondulations de ses hanches. Il avait douze ans à l'époque, et quand il comprit que sa mère ne l'excitait pas, il se mit à la haïr en secret. Il surveillait toujours sa mère du coin de l'œil. Il aimait sa mère, mais il la détestait."

Dédié à ses parents, ce roman de Fante narre les mésaventures du garçon âgé de 14 ans qu'il était, aux côtés de ses parents, Svevo et Maria, et de ses deux jeunes frères, Federico et August. Entre sa mère qui l'agace, tout comme son père qui est agacé par elle, l'école religieuse qui ne lui réussit pas et son amoureuse Rosa qui le déteste, le jeune garçon - qui prend ici le prénom d'Arturo - se débat, pour le meilleur et surtout pour le pire.

Comme son titre original l'indique "Wait Until Spring, Bandini" la famille Bandini devra affronter l'hiver, la pauvreté et les galères qui vont avec. Pourtant, malgré la tristesse de la situation, le récit possède une énergie propre au style de Fante, parvenant à se communiquer au lecteur.

"C'était déjà un handicap d'avoir des taches de rousseur, mais à sa connaissance, il était le seul Rital affligé de taches de rousseur. Qui donc lui avait refilé ces horribles taches ? De quelle branche de la famille avait-il hérité ces petites marques cuivrées et dégradantes ?"

Tout comme son père, Arturo passe son temps à jurer et à faire des conneries. Quand il ne pousse pas son frère au travers d'un carreau, il s'acharne vainement sur une poule, car il est incapable de maîtriser son mal-être.

Écrit en 1938, le roman n'a pas pris une ride. Il est volcanique et sarcastique à souhait et le lecteur n'a pas le temps de s'ennuyer. Une simple journée qui s'écoule devient sous la plume de Bandini, un tour de force. La manière aussi simple que percutante de l'auteur de narrer les événements est exemplaire. De manière fluide et passionnante, Fante réussit à décrire l'univers mental de ses protagonistes, dépeindre le décor dans lequel ils évoluent, délivrer des infos sur leur passé et dévoiler les divers moments de la journée presque en temps réel. On est ébahi par la simplicité avec laquelle il parvient à aller droit au but, au cœur de son sujet.

"(...)le premier jour où elle était entrée dans cette maison avec lui. En lui montrant ce qu'il avait pompeusement appelé la salle de bains, il avait aussitôt ajouté que dès la semaine suivante il y ferait installer une baignoire. Quatorze ans après, son discours n'avait pas changé d'un iota."

Tous les personnages sont attachants, que ce soit Maria, mère de famille dévote qui survie grâce à son rosaire et son troisième fils Auguste à la chevelure blonde qui veut devenir prêtre, Svevo, père rustre, immigré et maçon qui ne possède pas les moyens qu'il voudrait et réagit avec brutalité et maladresse. Quant à Arturo, partagé entre sa mère et son père, le catholicisme et le pêché, la vertu et la ruse, il est on ne peut plus contradictoire mais aussi totalement humain. La mère de Maria est également un phénomène, sa description lors de sa visite dominicale est mémorable et son comportement outrancier et horripilant demeure réaliste. On se régale de sa perversité bien qu'elle n'apparaisse qu'une fois.

"Arturo détestait cette période, car il pouvait oublier sa pauvreté si les autres ne la lui rappelaient pas : chaque Noël était semblable, aussi désespéré que le précédent, car toujours il désirait des cadeaux et toujours on l'en privait. Il mentait à ses copains, leur racontait qu'il allait avoir des cadeaux"

Les péripéties dramatiques s'enchaînent et sensibilisent le lecteur qui compatit et comprend l'attitude de chacun face à l'éprouvante situation. La demeure familiale devenant le théâtre de scènes excessives et touchantes.

"Bandini" parvient à ne pas se focaliser sur un seul personnage et à s'étendre sur toute la famille sans jamais perdre de son pouvoir de fascination. C'est éprouvant et sincère, et ça fait du bien. Le lecteur aura forcément envie de lire la suite des aventures de l'auteur, une fois adulte, à retrouver dans l'admirable "Demande à la poussière".

R.P.



05/09/2014
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