Contre-critique

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"Bohème" de M. Gaborit

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"Bohème" de Mathieu Gaborit.

 

"Léon n'avait chuté qu'une seule fois en douze ans de service sous le drapeau praguois. L'accident revenait régulièrement le hanter dans ses cauchemars. Rien, pas même les simulations à l'entraînement, ne préparait un homme, et à fortiori un soldat, à vivre une telle expérience. Un moment de pure panique..."

Dès l'ouverture du roman, le lecteur est plongé dans l'action. Après une introduction nous embarquant aux côtés du régiment praguois sur échasses dirigé par Léon Radurin, régiment qui traverse l'écryme, le roman adopte le parcours de Louise Kechelev, héroïne avocate-duettiste qui vit dangereusement mais avec témérité. Fille de révolutionnaires, Louise sera sollicitée pour partir négocier la cargaison du dirigeable Lysandër récupéré par le boyard Alexis Koropouskine. Elle va alors s'aventurer en terre inconnu, délaissant Igcho, son compagnon et affronter une contrée hostile.

Pas totalement immersif dans son entrée en matière, le récit développe néanmoins le concept très intéressant de l'écryme : une mer émotionnelle visqueuse et létale, qui peut fasciner et obséder ceux qui s'en approchent. Pour la traverser, il faut se déplacer sur échasses ou emprunter le méconnu cheminement des traverses qui serpentent par au-dessus.

"Louise ne distinguait pas le moindre mouvement derrière les fenêtres ou les murs du bâtiment. Elle fixa la longue-vue sur l'un des oiseaux. L'animal ressemblait à une sculpture d'acier. Des plumes effilées comme des rasoirs, un long bec semblable à des ciseaux bulbeux, une gueule fuselée et percée de petits yeux noirs." 

Le premier roman se lit rapidement et facilement, trop facilement. Le récit demeure assez linéaire, avec une Louise armée de deux pistolets qui prend d'abord le Transexpress, avant de continuer son périple à pied sur les traverses eiffeliennes, et qui passe d'une rencontre à l'autre au fil de son voyage. Ça se laisse lire, pourtant lorsque les Pierrots arrivent, on se demande si l'on ne va pas basculer dans l'indigeste et le navrant. Gaborit est borderline à ce moment-là, et on se croirait presque tombé dans de la littérature fantastique pour adolescents ! "Bohème" se rapproche alors des aventures linéaires et simplistes, façon Julia Verlanger, en étant tout de même au-dessus du pitoyable "Alone" de T. Geha bien que les univers soient diamétralement opposés à celui-ci, qui est qualifié de steampunk. Alors que Gaborit nous avait enthousiasmé avec son recueil de nouvelles "D’une rive à l’autre", ici, le lecteur manque de description quant à l'univers que les protagonistes parcourent. L'écriture manque de consistance et de matière dans laquelle s'immerger. Ça paraît relativement vide et dénué de profondeur. Quant à la fin, elle trop expéditive. On a l'impression de ne profiter qu'un tout petit peu de l'univers déployé, qui semble à peine esquissé, ce qui est vraiment dommage. Du coup on a pas tellement envie de lire "Revolutsya", vu que "Les rives d'Antipolie" ne sont ni assez prenantes ni assez abouties.

R.P.



08/04/2016
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