Contre-critique

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"Comment j'ai mis un coup de boule à JoeyStarr" de M. Monnehay

"Comment j'ai mis un coup de boule à JoeyStarr" de Max Monnehay.

 

"On ne peut plus entrer, on ne peut plus sortir. Le passage du lieu à un état d'herméticité met en branle un processus inéluctable : on mouille son caleçon à l'idée de ne jamais revoir le monde tel qu'on le connaît.

À l'idée de crever comme des rats dans le sous-sol de la terre."

Après deux romans dont un premier primé intitulé "Corpus Christine", Max Honnehay nous livre une nouvelle inédite avec en vedette JoeyStarr. Alors que le rappeur/acteur vient de porter plainte à l'encontre d'une femme aux abords de la parution de ce livre, Mademoiselle Monnehay surfe sur l'actualité. Mais le sujet de "Comment j'ai mis un coup..." ne réside pas dans ce personnage vedette qui aurait pu apparaître sous un autre nom. On peut donc légitimement se demander : pourquoi Monnehay utilise la renommée de la starr puisqu'il n'est qu'un personnage secondaire et que son récit se porte davantage sur la peur engendrée par une hypothétique fin du monde ?

En effet "Comment j'ai mis..." se situe le 20 décembre 2012, la vieille des funestes prévisions concernant notre monde, tandis que les gens se rassemblent dans les stations du métro parisien pour organiser leur survie. À l'aide de son collègue Bernard, la narratrice vérifie (du haut de ses 1m60) le contenu des sacs des réfugiés entrants, lorsque déboule JoeyStarr.

"De là où je suis, je vois se scinder l'océan humain, je vois la foule à cran soudain s'ouvrir d'elle-même, comme les cuisses de Paris Hilton devant l'héritier trentenaire d'une fortune européenne.

Moïse, ou qui que ce soit, se dirige vers nous."

Alternant les fouilles dans le métro, les coups de fil avec la mère et les visites à la grand-mère, les courts chapitres du récit se dévorent avec frénésie. Étant fan de John Fante, Monnehay utilise ici une écriture qui rappelle indubitablement celle de Chuck Palahniuk, avec une lucidité et un ton comico-sordide des plus efficaces. C'est à la fois drôle, exubérant, terriblement contemporain, mais sans être vulgaire ni prétentieux. C'est fun sans tomber dans la pure facilité et on sent que l'auteur a quelque chose à dire. Elle livre en toile de fond une réflexion sur le comportement humain et distille une pointe d'émotion avec la situation délicate de son héroïne, coincée entre le cynisme de sa mère et surtout l'Alzheimer de sa grand-mère.

D'une cinquantaine de pages seulement, "Comment j'ai mis...", est une histoire ludique et marquante, à lire au cours d'une pause, et qui vous donnera furieusement envie de lire cet auteur au féminin à suivre.

R.P.



07/06/2013
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