Contre-critique

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"Delirium tremens" de K. Bruen

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"Delirium tremens" de Ken Bruen.

 

"Il y a un an environ, je rentrais chez moi, tard, en longeant le canal. Après minuit, c'est un endroit animé. Alcoolos, camés, écoguerriers et cinglés de base. Je suis à ma place."

Jack Taylor est un ancien flic de Galway bourru reconverti en détective privé. Mais la particularité de Jack, outre son caractère impétueux, est qu'il est alcoolique et que le pub nommé Grogan's lui fait office de bureau. Malgré les apparences, à savoir une négligence qui pourrait refléter un manque de sérieux, dès lors qu'Ann Hendersen débarque pour l'engager afin qu'il enquête sur le suicide suspicieux de sa fille Sarah, Jack fera le nécessaire pour découvrir la vérité, quitte à affronter un grand patron.

Entre Linda, sa voisine du dessus, Sutton, son ami artiste frondeur, Clancy, son ancien coéquipier et Cathy B., sa complice et jeune chanteuse de rock, ce premier volume des enquête de Jack Taylor nous fera découvrir son milieu et ses relations, dans un maëlstrom jouissif.

"Sutton est mon ami. Quand j'étais jeune garda, j'avais été envoyé en poste à la frontière. C'est une affectation ennuyeuse avec de la pluie et encore de la pluie. Vous rêviez d'une fusillade. À la place, vous aviez droit à des saucisses et à des frites froides dans une baraque Nissan.

Les loisirs, c'était le pub."

Jack va passer par des étapes dangereuses et délicates, en affrontant des hommes de pouvoir. Il séjournera également à l'hôpital et subira plusieurs phases d'amnésie suite à des cuites qu'on imagine corsées. Malmené tout au long du roman, Jack, ce personnage imposant et déterminé, finira par nous attendrir, lorsqu'on comprendra qu'il a un bon fond et que les épreuves qu'il traverse ne sont pas toujours de sa faute. Car Jack devra combattre sa maladie, ses démons, et les impondérables.

Au-delà de l'action, le roman se teinte largement de nostalgie, et l'enfance de Jack nous est révélée dans le dilemme qui le maintient entre son père et sa mère, la nuance ou la force, l'intellect ou le physique.

"Qu'y a-t-il de plus réconfortant que des frites imprégnées de vinaigre ? L'odeur rappelle l'enfance que vous n'avez jamais eue. En approchant de moi, j'étais dans un état de bien-être artificiel. Au moment où je me tournais vers ma porte, le premier coup m'atteignit à la nuque."

Ce qui est dommage pour un polar, et en même temps c'est ce qui le rend atypique, c'est que "Delirium Tremens" ne contient pas une enquête digne de ce nom, ni une résolution menée par son personnage central. La résolution de l'enquête se fait indépendamment de Jack Taylor. Et bien que ce dernier y est contribué, il n'en connaît cependant pas tous les tenants et les aboutissants. Le roman étant davantage axé sur ses problèmes personnels, à savoir de logement, de dépendance à l'alcool, ainsi que les rapports qu'il entretient avec les autres. Donc d'un côté il n'y a pas vraiment d'enquêtes et de l'autre les évènements ne sont pas ce à quoi on s'attend et être surpris est agréable.

Si vous désirez une entrée en matière plus percutante concernant l'auteur, privilégiez "Brooklyn Requiem". "Delirium Tremens" est davantage la quête d'un homme, un irlandais, qui tente de vivre malgré ses démons et ses fréquentations, ses pertes et son manque de stabilité sentimentale à quarante-cinq ans.

R.P.



06/02/2014
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