Contre-critique

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"Extension du domaine de la lutte" de M.Houellebecq

 

"Extension du domaine de la lutte" de Michel Houellebecq.

 

"Mon propos n'est pas de vous enchanter par de subtiles notations psychologiques. Je n'embitionne pas de vous arracher des applaudissements par ma finesse et mon humour. Il est des auteurs qui font servir leur talent à la description délicate de différents états d'âme, traits de caractère, etc. On ne me comptera pas parmi ceux-là."

Houellebecq se confond ici avec un cadre moyen, trentenaire célibataire et taciturne, qui travaille sans conviction pour une société de services en informatique. Son métier d'analyste-programmeur ne l'enchante guère, les rapports sociaux non plus, et depuis sa rupture avec Véronique, une solitude latente l'enveloppe. Et comme on le lira plus tard par l'intermédiaire du docteur Népote : le héros théorise sur la société pour mieux se protéger.

"Le maximum de liberté coïncidait selon lui avec le maximum de choix possibles. En une métaphore empruntée à la mécanique des solides, il appelait ces choix des degrés de liberté."

"Extension du domaine de la lutte" est une lente descente dans l'univers de la dépression. Le personnage principal, sans s'en apercevoir, s'éloigne du monde en se repliant sur sa solitude et sur une pensée qu'il développe habilement. Mais pendant ce temps là, les plaisirs de la vie s'écartent inexorablement de lui.

La solitude est le véritable propos du livre, un mal qui frappe de plein fouet le héros, à son insu ; et le voyage d'affaire qu'il fera en province avec son collègue de boulot Tisserand n'y changera rien. La détresse s'exprime, sans pathos ni complainte.

"Ce trou qu'elle avait au bas du ventre devait lui apparaître tellement inutile. Une bite, on peut toujours la sectionner ; mais comment oublier la vacuité d'un vagin ?"

À travers son personnage, qui sent le vécu, Houellebecq s'exprime avec une amertume non dissimulée et son texte devient virulent. Nous avons droit par moment à de véritables réquisitoires contre, entre autres, son ex-femme, les employés de bureau, les psychanalystes ou encore le libéralisme (qu'il soit économique ou sexuel). Les mots sont crus, les idées acerbes, et le récit n'est pas du tout lumineux, mais l'ensemble demeure lucide, cohérent et sincère.

"Les psychanalystes, grassement rémunérés, prétentieux et stupides, anéantissent définitivement chez leurs soi-disant patientes toutes aptitude à l'amour, aussi bien mental que physique ; ils se comportent en fait en véritables ennemis de l'humanité."

Voici un court récit, à la fois intelligent et facile à lire, qui développe un propos élaboré et peut-être trop tranché, mais qui dénonce et met en avant une partie de la population ; des êtres qui souffrent malgré eux et deviennent aigri, mais qui, sous la violence de leur défense, ne demandent qu'un peu de chaleur humaine.

Une bonne entrée en matière pour découvrir cet auteur traducteur de notre époque.

R.P.



29/09/2012
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