Contre-critique

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"Futu.re" de D. Glukhovsky

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"Futu.re" de Dmitry Glukhovsky.

 

"Les hommes avaient renoncés au cieux, mais pas pour longtemps. Dieu n'avait pas eu le temps de se retourner qu'on l'avait d'abord envahi, puis tout bonnement expulsé. Désormais, c'est toute l'Europe qui est hérissée de tours de Babel ; mais aujourd'hui ce n'est pas une question d'orgueil, seulement d'espace vital."

Quel enchantement que ce nouveau roman de Glukhovsky ! Sa plume s'est encore améliorée et l'histoire qu'il y développe, dense et maîtrisée, se met en place au fil des chapitres et devient véritablement ensorcelante. On y découvre Jan Nachtigal, connu sous le matricule 717, un homme qui vit dans les années 2450, là où les grattes-ciel démesurés défient les cieux, au sein d'une Europe qui offre à ses habitants l'immortalité. Vient conséquemment la loi du Choix : tout couple voulant enfanter doit déclarer la grossesse et choisir le parent qui devra renoncer à l'immortalité. En gros une naissance pour une mort. Les contrevenants à la loi seront irrémédiablement punis par des bataillons d'Apollons, des hommes masqués qui agissent en groupe d'intervention et dont fait partie Jan.

Au fil des pages, le passé de Jan se dévoile - au sein d'un pensionnat restrictif et violent qui risque de remuer le lecteur - et l'enjeu du roman prend toute son ampleur, alors que d'étranges missions lui sont confiées par le sénateur Schreyer.

"Écoute-moi bien, sac à foutre ! lui susurré-je. On dirait bien que c'est toi qui te sens seul. Tu peux masser la prostate à tes petits copains dégénérés à la leur faire péter. Quant à moi... je suis normal. Et sache encore une chose : j'ai un poing électrique dans la poche, je vais te le fourrer où je pense et le tourner une fois ou deux..."

L'auteur déploie un imaginaire foisonnant et récréatif, qui permet au lecteur de s'évader dans un monde suffisamment violent pour divertir les fans d'action, et suffisamment doué de réflexion pour élever le débat à un niveau philosophique.

On suit exclusivement le point de vue du héros et on comprend au fur et à mesure ses attitudes, même les plus homophobes, ainsi que ses angoisses nocturnes et claustrophobiques. Glukhovsky instille une dose intimiste dans la construction de son personnage central, malgré la densité et l'enchevêtrement de l'histoire. Le rapport entre Jan et les femmes est également très intéressant ; que ce soit avec Helen, la femme du sénateur, Annelie, celle du partisan de la Vie, ou encore avec la plus âgée, Béatrice, et son labo clandestin.

Le début n'est pas nécessairement le plus accrocheur, mais "Futu.re" est indéniablement un grand roman de l'auteur, bien au-dessus de bon nombre de livres du même acabit.

 "Ici règne une atmosphère méphitique. Ça sent la vieillesse : la mort prochaine. Cette odeur est forte, les gens en général la sentent tout comme les requins perçoivent une goutte de sang dans l'océan. Ils la sentent, ils en ont peur et essayent de s'en défaire au plus vite. une seule rencontre avec un vieillard suffit pour que cette puanteur de mort nous imprègne intégralement."

Lorsque Jan se rend à Barcelone, on change d'univers et le récit prend un second souffle. La lutte des Hindis contre les Pakis est un moment fort en confrontation cruelle, tout comme la rencontre d'Annelie et de sa mère Margo. La tournure des événements durant les derniers chapitres est surprenante et la situation de Jan et l'arrivée du bébé a de quoi décontenancer.

Après l'illustre "Métro 2033", qui inaugurait un univers fascinant mais faisait preuve d'une once d'immaturité. Et "Sumerki" qui restait dans un registre angoissant abouti, sans toutefois profiter pleinement de son twist final, voici que débarque "Futu.re", un revirement glorieux, purement SF, qui marque la consécration de son auteur. À ranger aux côtés de Bacigalupi, ou Damasio.

R.P.



27/04/2016
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