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"Géographie de la bêtise" de M. Monnehay

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"Géographie de la bêtise" de Max Monnehay.

 

"Survivre était ce que l'idiot pouvait espérer de mieux. Oui, c'était ce à quoi se réduisaient les aspirations des moins malins du pays.

À Pierrot, cet écrasement des rêves des plus faibles d'esprit, ça ne lui plaisait pas du tout."

Max Monnehay développe ici l'idée d'un idiot nommé Pierrot qui, en passant à la télévision, dévoile l'envie de fonder un village des idiots dans lequel ces derniers seraient heureux, loin des autres, loin des moqueurs. Et tandis que les présentateurs télé se marrent, les idiots devant leur poste voient en Pierrot un espoir vis-à-vis de leur rêve.

Bastien, le héros de l'histoire est l'un d'eux. Il finira immolé par le feu, comme on l'apprend au début de roman, mais entre temps il aura vécu une expérience sensationnelle et hors du commun.

"Pap et moi ne recevions jamais d'appels. N'en passions pas davantage. La bigophonie longue distance, c'était simplement nos propres cris, envoyés d'un bout à l'autre du trois-pièces cuisine. "bière !" beuglait le paternel. "Ouais, ça vient !" répondait le fiston."

Dans cette "Géographie de la bêtise", Bastien n'apprécie guère sa famille - faut dire qu'il est verni avec un père alcoolique et une mère qui le serine avec un pessimisme exacerbé. Alors sa rencontre avec Pierrot va changer sa vie et celle des idiots qui les accompagnent. Parmi eux, le géant Jean, le dératiseur Raton et la petite marchande d'œufs sont mémorables. Mais c'est la venue d'Élisa, beauté cadavérique, qui va chamboulé cet improbable équilibre.

Après avoir lu "Corpus Christine", on reconnait immédiatement l'écriture de Monnehay. Que ce soit son style vif et cinglant (fait de phrases courtes et de mots crus), son humour incisif, ses thèmes de prédilections (dont l'amour impossible, le lien à la mère très fort et horripilant, ou encore le choix d'un narrateur masculin, sans oublier l'adresse au lecteur assez culottée).

"Vous, en l'occurence. Bon, pas vous exactement, mais de votre espèce, qu'ils étaient, les gens. Des frustrés. Des malheureux. Ou alors peut-être bien vous tout à fait, os et chair, vous pour de vrai."

Ce roman, dans la droite lignée du précédent, se lit facilement et avec un sourire aux lèvres. Malheureusement, il ne constitue pas encore une œuvre totalement aboutie. Sa narration segmentée entre présent - "médecine pour les nuls" - et passé - "Anti-leçon" - ne s'accorde pas suffisamment et les rebondissements sont peu nombreux. Le défaut de Monnehay est de répéter trop souvent les même idées. Par contre la fin regagne en intensité, avec un dénouement tragique et bien pensé qui rappelle le travail de Palahniuk. On s'en régale.

"Et, avec ça, un prodigieux bagou qu'on ne connaît généralement pas aux idiots.

Le bavardage intempestif étant l'apanage des cons qui s'ignorent.

Et leur loghorrée pleine de chichis un moyen plutôt efficace de les détecter."

Roman intéressant pour qui souhaite découvrir l'humour noir de cet auteur au féminin ainsi que son écriture si particulière et identifiable. Privilégiez également sa nouvelle "Comment j’ai mis un coup de boule à JoeyStarr", vous allez rire.

R.P.



05/10/2013
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