Contre-critique

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"God of war" de M.Stover et R.E.Vardeman

 

"God of war" de Mattthew Stover et Robert E. Vardeman.

 

"Des cendres, du désespoir, et la violence de la pluie hivernale : voilà sa récompense pour avoir servi les dieux pendant dix ans."

D'un point de vue littéraire, force est de constater que cette adaptation tirée du jeu vidéo est un échec. Ce roman, écrit à deux, n'apporte rien de bien intéressant lors de sa lecture. Il manque cruellement de souffle épique. L'histoire de Kratos, ce spartiate qui sert le dieu Arès pour satisfaire sa soif de sang jusqu'à ce qu'un incident le fasse se retourner contre le dieu de la guerre, avait pourtant tout pour ravir la littérature. Malgré cela les auteurs de ce "God of war" nous racontent l'ascension de cet humain qui à force d'acharnement finit par combattre à l'égal des dieux avec une banalité, un manque de maîtrise et une accumulation de fadaises désarmantes. Kratos se contente ici d'un périple long et répétitif qui ne tient pas du tout en haleine et lasse convenablement.

"...l'atteindre sans se mettre en travers du chemin des cyclopes. Un faux pas, et il aurait plus de trous qu'une râpe à fromage."

Comme on le voit dans l'exemple ci-dessus, les auteurs arrivent à conjuguer cyclopes et râpe à fromage ce qui, à défaut de faire rire de manière involontaire, nous laisse perplexe quand au choix des mots. Et ce n'est pas le seul exemple d'incongruité de leur vocabulaire :

"Si un autre mort-vivant revêtu de la même armure se tenait assez près de la première cible, l'éclair bondissait de monstre en monstre en formant un arc, les faisant joyeusement griller les uns après les autres, comme autant de châtaignes dans un feu."

Pourtant le roman commençait bien avec son Kratos abattu et la trame de l'histoire des dieux, notamment d'Athéna et Zeus, qui se tissait en toile de fond. Mais l'intrigue se révèlera d'une simplicité sans surprise et les péripéties de Kratos d'une redondance de combats similaires.

"Kratos chassa ses souvenirs. Comme les sables mouvants, la folie toujours tapie sous la surface de son esprit menaçait de l'entrainer par le fond et de le noyer au milieu d'un terrible cauchemar."

Les visions qui hantent le personnage principal auraient pu être beaucoup mieux exploitées et la révélation de ce qui a causé son trouble à Kratos est trop prévisible.

"Chaque planche du navire était maculée de sang ou de lambeaux de chair putride, ou des deux. Ce mélange pestilentiel de hurlements, de panique et de désespoir rappela au guerrier sa jeunesse et les raids qu'ils menait avec ses compagnons de Sparte..."

Evidemment "God of war" regorge d'affrontements sanguinaires où les membres sont tranchés et l'hémoglobine coule à flot, mais même dans le carnage l'écriture ne nous permet pas d'apprécier pleinement le déchainement de violence de Kratos.

"Le sol était saturé de sang ; marcher parmi les corps empilés revenait quasiment à travailler dans la boue après un déluge de pluie. Sauf qu'il s'agissait de sang. De litres de sang. Le sang de dix mille lacérations, coups de couteaux et gorges tranchées."

Certaines séquences fonctionnent malgré tout et raviront certains, mais dans l'ensemble la mayonnaise ne prend pas.

"Un cyclope était accroupi et mordait dans ce qui ce qui ne pouvait être que la hanche d'un humain. Les dents cassées et jaunâtres broyèrent le fémur, permettant au cyclope de sucer bruyamment la moelle."

En respectant le jeux vidéo à la lettre, "God of war" passe à côté de son objectif littéraire. Kratos ne fait qu'avancer et frapper ; et la lecture nous donne la sensation désagréable que les auteurs n'avaient qu'un seul bouton pour s'exprimer, et sur lequel il ont appuyé à répétition.

De plus Vardeman et son coauteur copient inutilement des détails exclusivement vidéo-ludiques tels des portes aux verrous magiques qui s'évaporent et ne s'ouvrent qu'avec des clefs spéciales. Sans parler de l'humour particulier du roman dont je vous soumets un terrible exemple, lorsque Kratos est totalement immergé, que l'air lui manque ( "Ses poumons étaient à présent comme des vessies prêtes à éclater" ) et qu'il est piégé juste sous la surface : "Sa main émergea de la surface de l'eau - mais cela ne lui fit aucun bien. Il respirait par le nez, et non par les doigts !". Heureusement que les auteurs le précisent sinon nous ne l'aurions peut-être pas deviné, de plus ils le soulignent par un point d'exclamation pour être sûrs qu'on ne passe pas à côté, ingénieux !

Tout l'intérêt du jeu vidéo est réduit à néant dans cette adaptation romanesque qui affadit son héros, les dieux et la mythologie, qui ne détient que peu de charme et se révèle puéril dans sa construction et son lexique.

"God of war", le roman, saura-t-il trouver un fan ? Au vu du résultat on est légitimement en droit de se poser la question. Quoi qu'il en soit, il est à déconseiller à tous ceux qui aime la littérature.

R.P.



21/06/2011
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