Contre-critique

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"Hell" de Y. Tsutsui

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"Hell" de Yasutaka Tsutsui.

 

"Sasaki se demanda si l'Enfer n'avait pas pour but de lui faire prendre conscience de ses tendances malsaines. Si tel était le cas, ce monde surpassait le monde réel : ici les composants de la psyché se matérialisaient physiquement."

Contrairement à ce que la couverture criarde et foutraque laissait penser, ce roman n'a rien du débordement survitaminé laissant place à une action prédominante. Ici, le déroulement est plutôt calme et monotone. Et bien qu'une poursuite entre yakuzas ait lieu, ce n'est qu'une partie de l'enchevêtrement d'histoires qui jalonne le récit. Le point de départ étant Nobutero et ces deux camarades. Après un préambule de souvenir d'enfance, on découvre que les trois amis se sont perdus de vue, Nobutero étant devenu vieux tandis que Yûzô et Takeshi emportés par la mort. Mais ces derniers continuent d'exister dans une sorte d'univers parallèle ressemblant au nôtre, un lieu communément appelé Enfer.

"Malgré ses pleurs, conscient du ridicule de la situation, il avait fini par rire avec ses camarades. Mais, lorsqu'il repensa à cet épisode par la suite, c'est de la honte qu'il ressentit, ainsi qu'une violente colère sans objet. Il avait gardé cette colère en lui jusqu'à l'âge adulte."

Dans "Hell", Tsutsui propose son interprétation de l'Enfer. Un monde en substance inchangé, où les individus errent et ressassent les souvenirs de leur vie passée, et surtout leurs affronts et leurs échecs. Ainsi point de démons ni de flammes éternelles, mais un flux de souvenirs intarissable. L'auteur développe donc un réseau perméable où l'inter-pénétrabilité semble le mot d'ordre. Car les deux mondes ne sont pas séparés et les personnages peuvent passer de l'un à l'autre via les rêves. De même, en Enfer, les pensées se matérialisent et un simple regard posé sur une personne permet de connaître les conditions de son décès. Tsutsui estompe les cloisons et son univers possède des surfaces semblables à des couches aqueuses qui n'obstruent aucun passage. On reconnaît alors le style particulier de l'auteur de "Paprika".

"La fausse mort des rêves. La vraie vie de l'après-vie. L'Enfer et le monde des vivants. Tout est inter-connecté."

Malheureusement, au lieu de créer un univers labyrinthique et faramineux, qui tenterait de perdre un lecteur tenu en haleine, il semblerait que Tsutsui n'ait pas réussi à exploiter toutes les possibilités que refermait son idée de base. Et au lieu d'être prenant et déroutant, "Hell" se révèle plutôt gentil et monotone. La relation entre les protagonistes qui se démultiplient laisse place à un catalogue de narration et l'Enfer, peu haletant prend une tournure trop simpliste sur la fin : voir les passagers d'un crash aérien débarquer au terminal marqué Enfer en toute lettre, ou l'épisode -bancal - de l'ascenseur  en chute libre qui finit par indiquer l'étage 666 sont des passages trop marqué par le cliché. D'autant que l'auteur ne joue pas du tout sur le registre de l'horrifique. On est déçu donc, qu'une telle matière ne soit pas exploitée, comme ce moment où les personnages pénètrent dans l'écran de cinéma de manière anecdotique et beaucoup trop isolée, ce qui s'avère inutile en définitive.

Un court roman, agréable à lire mais finalement peu marquant au vu du potentiel, dommage.

R.P.



17/10/2014
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