Contre-critique

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"Journal intime" de C. Palahniuk

 

"Journal intime" de Chuck Palahniuk.

 

Comme à son habitude, Palahniuk nous livre un roman dense, complexe et analytique. On a du mal à suivre au début, on ne comprend pas du tout où l'auteur veut nous mener. Tout commence avec des gens qui téléphonent pour se plaindre car des éléments de mobilier, voire des pièces entières de leur appartement ont disparu. Nous sommes sur l'île de Waytansea et c'est Misty Wilmot qui reçoit les appels. Elle travaille dans un hôtel et c'est son mari - récemment plongé dans le coma - qui a travaillé sur tous les lieux en question. Il y a d'ailleurs laissé d'étranges messages écrits.

"Ses nénés pendouillaient sur sa poitrine comme deux carpes mortes. Nous n'avons pas eu de rapports sexuels depuis trois ans..."

On découvrira rapidement que le mari en question, Peter Wilmot, détestait sa femme, semble s'être adonné au suicide et a perdu son père dans des circonstances troubles. Misty quant à elle, ne mène pas la vie qu'elle aurait souhaité, elle ne désirait même pas venir sur l'île, et elle devient déprimée et alcoolique alors qu'elle est mère d'une fillette.

"Et puis quoi encore. Comme si elle allait rester plantée là dans une flaque de pipi de chien et raconter à quelque inconnu toute la putain d'histoire de sa vie, sur un bateau, avec une bière dans une main, à ravaler ses larmes en reniflant."

Que se passe-t-il exactement sur Waytansea Island ? Et pourquoi tout le monde veut que Misty devienne une vedette de la peinture ? Vous le découvrirez en lisant ce journal intime qui ne résolvera son énigme qu'à la fin.

"Merci Paulette, dit Misty, mais il serait temps que tous les gens de cette île acceptent le fait que je vais mourir comme un gros tas anonyme."

L'écriture de Palahniuk, pour ceux qui ne connaissent pas encore, est crue et directe, elle exclue les tournures alambiquées et elle ose aussi bien le vulgaire que la réflexion intelligente et profonde. Palahniuk est souvent subversif dans son analyse du comportement humain, tout comme dans sa vision de la société. C'est tantôt drôle, tantôt instructif, et toujours révélateur de quelque chose, comme si l'auteur menait une étude sur tout ce dont il parle.

"Près de l'homme, pratiquement masqué par les feuilles tombées, se trouve un cadavre. Un sein blanc et pâle aux fines veinules bleues. Un bras blanc sectionné."

On regrette tout de même que "Journal intime" mette tant de temps à devenir captivant. La première moitié du roman est trop disparate, et le fil du récit trop confus. On a d'abord droit à une analyse exhaustive des muscles faciaux par exemple, puis à de la graphologie, etc. On se demande trop longtemps qui écrit le journal intime que nous lisons, et surtout pourquoi. Cela pourra rebuter bon nombre de lecteurs. Heureusement, après presque 300 pages, tout se met en place et Palahniuk retombe formidablement sur ses pieds. Et c'est avec un réel plaisir que l'on dévore les dernières pages. Le suspense est entier et l'on se dit que le livre gagnerait à une relecture afin d'en apprécier totalement le contenu.

"De cette même façon que les hommes tiennent à rencontrer leur future belle-mère de manière à pouvoir juger de ce à quoi leur fiancée va ressembler à vingt ans de là..."

"Journal intime" est donc un roman qui s'achève en beauté, et qui aborde le processus de création sous un angle fort intéressant, en traitant également le mythe et la tradition. Le lecteur sera comblé une fois arrivé au bout, malheureusement le départ sera périlleux et demandera de la patience dans la lecture. À ne pas recommander donc, comme première lecture de Palahniuk, mais uniquement après s'être familiarisé avec l'auteur et des titres plus efficaces, comme "Fight club" ou "Choke" par exemple.

R.P.



26/04/2012
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