Contre-critique

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"L'autoroute sauvage" de J. Verlanger

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"L'autoroute sauvage" de Julia Verlanger.

 

"Je refaisais surface. Pas tellement vite. Ma tête sonnait comme un battant de cloche. Quelque chose de chaud coulait de mon front, et m'engluait l'œil gauche. Une gêne, aux poignets."

Dès le départ, on sait qu'on ne va pas découvrir une écriture de qualité. Le style s'avère simple, ne déploie que peu de vocabulaire et use d'un langage familier, avec constance. On plonge directement dans l'action, sans bénéficier de descriptions, même peu élaborées, et l'on découvre le personnage central du roman, Gérald, expert en survie.

L'entrée en matière pourra ravir les lecteurs amateurs, cependant les évènements s'enchaînent trop rapidement pour conquérir les initiés qui auront bien du mal à croire à cette rencontre entre Gérald et Annie qui a lieu en moins de dix pages. Dénué de psychologie, le personnage féminin suit l'homme et en devient la maîtresse, en moins de temps qu'il n'en faut pour le dire, et semble partager avec lui une vraie idylle. Côté vraisemblance, on repassera.

"On a fouinassé. Comme de bien entendu, pas de miracle. Mais elle a déniché un peigne et elle a été toute contente. Elle s'est coiffée devant une glace cisaillée. Elle a voulu me peigner aussi. Elle riait."

 Parler d'un monde post-apocalyptique, où l'humanité devient anthropophage, en utilisant des termes telle Grande Pagaille est un peu léger pour un auteur de SF de renom. On est bien loin de l'univers racé et mystérieux de "La Route" malgré les similitudes. Quant à l'atmosphère, quitte à la comparer à un film, elle serait plus proche du "Cyborg" de Van Damme que du "Mad Max" de Gibson.

Les fans de "L'autoroute sauvage" vont bondir, mais ce roman devrait être destiné aux jeunes, car passée la trentaine, je vois mal le lecteur se passionner pour une telle linéarité scénaristique. À mon avis, la réputation du bouquin s'est faite avec d'anciens lecteurs qui ont découvert l'œuvre étant ado. Je peux comprendre qu'on est de la sympathie et de la nostalgie pour cette découverte, mais à l'heure où des récits telle "La Horde du contrevent" paraissent, difficile de se passionner pour celui de Julia Verlanger. En comparaison à l'écriture de Justine Niogret, par exemple, son travail s'apparente à celui d'un lycéen. Pas mauvais mais peu mature.

"J'utilisais comme bouclier un tabouret récupéré au vol. Ça me servait bien. Quand la chaîne s'était enroulée suffisamment autour, je n'avais plus qu'à tirer sec pour amener l'adversaire juste sur ma lame numéro trois."

L'idée de fustiger le roman n'est pas plaisante, car c'est une lecture d'été sans réflexion qui pourra contenter le non exigeant, mais à force d'encenser un style basique, on obtient de grandes déceptions. D'autant que le côté populaire et porté sur l'action n'enchante guère. On ne frémit pas avec les personnages, l'auteur ne crée pas de climax, et les péripéties s'enchaînent facilement mais avec le désintérêt du lecteur qui ne voit qu'une succession de facilités idéologiques et comportementales. On étayera notre argumentation par quelques exemples, à commencer par ce héros solitaire qui s'oppose aux groupés alors qu'à la première occasion venue il s'acoquine avec Annie, puis avec Thomas. Sans compter que les segments avec Gérald et Thomas sont l'objet de redites maladroites car la pensé et les dialogues des deux protagonistes sont identiques à plusieurs reprises. Ensuite les méchants chefs de groupe, inutilement sadiques, sont systématiquement punis, et avec une facilité déconcertante, notamment Simon au chapitre 12.

Malgré la splendide couverture qui ne reflète absolument pas l'atmosphère du livre, vu qu'aucune description ou atmosphère ne nous plonge dans des ambiances grandioses comme celle de l'illustration, le roman ne s'avère pas mauvais mais juste insipide. L'idée des billes qui s'agglutinent aux squelettes pour les faire marcher semble affreusement démodée sous sa plume. Et l'excursion dans le métro parisien devient une anecdote alors qu'un auteur comme Glukhovsky a su développer une véritable atmosphère avec son "Métro 2033", prenant malgré sans manque d'action.

Autant dire que je ne lirai et ne conseillerai pas la suite du recueil de Bragelonne.

Les curieux, sachez qu'il y a pire, l'hommage de Thomas Geha.

R.P.



03/07/2014
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