Contre-critique

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"L'homme des hautes solitudes" de J. Salter

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"L'homme des hautes solitudes" de James Salter.

 

"Peu à peu, il prit conscience de l'altitude. C'était comme des vagues qui, progressivement, le submergeaient. Que l'échafaudage était loin ! Et le sol encore plus. L'idée lui vint qu'il pourrait tomber. Pas ici (...) mais de quelque campanile inconnu. Subitement, rien ne le soutenait plus..."

L'homme des hautes solitudes c'est Rand, 26 ans, employé qui travaille à Los Angeles avec son collègue Gary. Rand possède une Mustang et vit avec Louise, une écorchée vive ayant un fils de douze ans nommé Lane. Mais après une ascension alpine et une rencontre fortuite avec Jack Cabot, Rand décide de quitter sa compagne et son job pour aller pratiquer l'escalade à Chamonix. S'ensuivra de nombreuses péripéties et de périlleuses escapades sommitales.

L'écriture de Salter est toujours un régal de poésie apposée par touches et de fragments de vie, entrecoupés d'ellipses, d'où jaillissent des moments intenses et terriblement vivants. Dès le chapitre 1 on est conquis par le récit, et la prise de conscience de l'un de nos protagonistes perchés, concernant le vide qui s'ouvre au-dessous de lui, est aussi délicieuse que subtile.

"Il était comme un animal qui, hibernant à l'ombre d'une haie ou d'une grange, se réveille un beau matin, couvert de boue et tout engourdi, se secoue et renaît à la vie. Il se remémorait soudain les heures de gloire passées. Se rappelait l'allégresse des cimes."

Bien sûr les fans d'alpinisme trouveront leur compte d'adrénaline et de sensations fortes, un peu à la manière d'un Joe Simpson, surtout lors de l'ascension ardue des Drus, mais Salter ne se limite pas à l'escalade et offre aussi des histoires de couple à son héros, et notamment à mi-roman, lorsqu'il rencontre Catherine, une vendeuse complexée. Leur liaison, tout comme les suivantes, restera bien loin des romances communes et marquera les esprits par sa singularité. On retrouve alors l'auteur de "Un sport et un passe-temps" et son style à la fois enivrant et décousu.

"L'homme des hautes solitudes" nous montre la jalousie et la concurrence qui émanent de l'escalade. Les hommes cherchent à y accomplir des exploits individuels, à grimper loin des autres cordées et à se retrouver en tête-à-tête avec la montagne. Et même entre amis - comme avec Vernon Rand, Jack Cabot et John Bray - la rivalité se fait ressentir avec ténacité.

"L'aube assombrissait les montagnes. Le ciel était clair. L'heure anonyme. Un voile bleuté enveloppait Annecy. Les édifices évoquaient des spectres émergeant de la mer."

Rand va partager sa vie entre les femmes et la montagne, sans parvenir à s'ancrer à quelque chose de stable, et sans le désirer d'ailleurs. La personnalité complexe de Rand ne nous sera dévoilée qu'au fil des chapitres et l'on verra que ce marginal, farouchement attaché à sa liberté individuelle, fera souffrir autant qu'il viendra en aide à ses homologues.

Un roman fort, vibrant, et qui nous plonge dans un monde étourdissant et impalpable jusqu'à la dernière page !

R.P.



10/02/2016
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