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"L'origine des Victoires" de U. Bellagamba

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"La conque de chair dans laquelle sa main avait été accueillie, était plus froide que les cavernes chthoniennes de l'Hadès, et en tout cas, n'avait pas la chaleur de la chair. Certes, l'homme n'était pas monté dans le train depuis si longtemps qu'il ait pu entièrement se réchauffer, mais il lui semblait qu'un cadavre lui tenait la main."

Ce qui surprend dans ce roman de Bellagamba, c'est l'impression de lire un recueil de nouvelles plutôt qu'un véritable roman, et c'est d'ailleurs là le principal défaut. En effet, bien qu'un fil conducteur les relie toutes les unes aux autres, ces histoires courtes n'offrent pas de véritable progression au récit. Chacune porte le nom d'une Victoire, correspondant à un lieu et une époque, mais reste indépendante. La variété de ces histoires, très éloignées les unes des autres, ne crée pas de tension continue, ni de véritable développement à l'intrigue principale. Les récits, quelle que soit leur importance historique, deviennent répétitifs et anecdotiques.

"Nous ne devons jamais, rigoureusement jamais, nous Victoires, laisser des traces écrites de notre passage, de notre action. Personne, je le crains, n'écrira jamais les annales de notre lutte à mort contre l'Orvet."

C'est pourtant ce que se targue de faire Ugo Bellegamba, car vous l'aurez compris, la trame principale est celle des Victoires, des femmes ou plutôt des jeunes filles habilitées à défendre l'humanité de la présence néfaste de l'Orvet. Ce dernier étant un être nomade et immortel qui sévit sur Terre pour répandre la souffrance dont il se repaît. Pour ce faire, il pénètre l'esprit de certains hommes et en prend possession. Les Victoires elles, se battent contre les marionnettes de l'Orvet à chaque histoire, d'où la répétition au fil des sept nouvelles. Bellagamba va alors nous faire remonter le fil chronologique de l'histoire, avant de basculer dans le futur, puis de remonter à l'origine du problème. Tout cela pour finalement clôturer son histoire dans une fin expéditive et bâclée de deux pages.

"Mon ennemi s'en prend à l'humanité toute entière, sur tous les terrains, dans toutes les sociétés, à toutes les époques. Et ma mission, en tant que Victoire, est très ciblée."

Dès la première histoire, on a compris de quoi il en retourne. Ce sera plutôt naïf dans l'approche trop manichéenne de l'Orvet, une figure métaphysique du mal. D'ailleurs les paroles de ce dernier sont véritablement de trop, car très explicites et surtout simplistes. Le mystère aurait dû planer davantage, et devenir oppressant, au lieu de cela il est immédiatement identifiable et du coup enfantin. Pourtant l'auteur ne fait pas dans la littérature de jeunesse puisque son écriture est travaillée, et c'est pour cela que ça ne fonctionne pas.

De plus, au lieu de creuser ses personnages, " L'origine des Victoires" les survole et ne laisse pas la possibilité au lecteur de s'y identifier. Sans compter les raccourcis incohérents, comme lorsque Natasha qui, doutant des révélations de sa mère, y croit subitement après une agression, ou lorsque Nadia réussit à convaincre son avocat avec des propos qui mériteraient, dans la réalité, un examen psychiatrique.

"J'ai fait tout ce que je pouvais, tout, pour que ses mauvais penchants ne soient pas exploités par mon ennemi.(...) En échouant dans ma mission, je n'ai pas simplement perdu l'homme que j'aimais. J'ai laissé un être humain sous le contrôle délétère d'un démon."

Si vous n'êtes pas exigeants, c'est sûr que vous voyagerez ; des plages du Marseille des années 70 au Forum Julii de Marc-Antoine en passant par le Nice du 19è siècle, chaque nouvelle effectue un grand écart historique. Malgré tout, le divertissement prend trop de liberté. Bellagamba ne choisit pas entre véracité historique et fantaisie pure, et reste dans un entre-deux qui n'est pas de l'uchronie. On découvre alors que Gustave Eiffel, possédé par l'Orvet, met le feu à l'opéra de Nice, ou qu'au 13è siècle, au sein de l'Abbaye du Thoronet, le frère Thomas peut être une femme déguisée sans que l'abbé ne s'en offusque. Le réalisme n'est donc pas de mise, bien que les points historiques soient étudiés en profondeur.

On déplore également des fautes de frappe ou de grammaire, telles "...si la vieille dame de l'avait pas réveillée..." ou "...ce wagon-ci aurait sans doute était dévolu...", ce qui ne fait qu'accroitre notre agacement.

Rien de vraiment magique ni d'attachant donc, dans ce "L'origine des Victoires", qui avait pourtant de bonnes intentions, celles de glorifier la femme à travers un combat louable mené dans l'ombre. Dommage qu'au fil des pages il perde de son efficacité.

R.P.



26/09/2013
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