Contre-critique

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"La brûlure des cordes" de F.X. Toole

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"La brûlure des cordes" de F.X. Toole.

 

"Je ne sais pas si c'est une question de structure osseuse autour des yeux, ou si c'est lié à l'élasticité ou à l'épaisseur de l'épiderme, mais il y en a qui sont blessés à chaque fois qu'ils mettent le pied sur le ring. Bientôt ils ont la paupière tombante à cause des nerfs sectionnés..."

Ce recueil de six nouvelles, le plus connu de l'auteur, est un vrai régal. Chacune d'entre elles vaut le détour mais la dernière est sans conteste la plus savoureuse. De la littérature rêche, engagée et passionnante, qu'on aimerait lire plus souvent.

La première et courte nouvelle, intitulée "Le regard singe", nous plonge dans la peau d'un soigneur. On y découvrira les techniques de cette profession et l'importance pour un boxeur d'avoir un bon soigneur dans son coin de ring lors des combats. Du point de vue littéraire, F.X. Toole a le don d'insérer à ses histoires, la dose d'humanité suffisante pour accrocher son lecteur. Dans le cas présent, de simples tartes au citron, qui rappelleront au héros un passé douloureux. Car les personnages ont toujours une histoire creusée et émouvante à révéler. "Le regard singe" développe donc agréablement les rapports humains et le risque des paris liés aux matchs de boxe.

"Vous voyez, ça a l'air d'être un truc de muscles, la boxe. Genre deux abrutis qui se balancent des roustes là-haut. La question, pour le boxeur, c'est pas d'utiliser sa puissance mais d'exercer une force. Dès que tu connais les ficelles physiques, ça devient un jeu d'esprit."

Dans "Un juif noir" on découvre comment Jeet et son boxeur Reggie Love vont être accueillis comme des malpropres par l'organisateur du combat, parce qu'ils sont l'adversaire opposé au favori. Balloté dans un motel négligé et une cantine infecte, ils vont tout de même se serrer les coudes pour obtenir la victoire. Encore une fois une belle démonstration de l'esprit d'équipe.

Ensuite on se régale du prenant mais glaçant "Million Dollar Baby". Pour ceux qui auraient vu le film éponyme au préalable, vous n'aurez évidemment pas la surprise du retournement de situation brutale. Malgré tout la lecture restera agréable car les personnages ne ressemble pas forcément à l'image qu'en donnait le long-métrage, notamment Maggie et son nez cassé. Et même si l'on connait les rebondissements, la détermination dont fait preuve Maggie auprès de Frankie est passionnante, tout comme l'ascension sportive de cette boxeuse et l'attachement indéfectible dont va faire preuve l'entraîneur auprès de cette fille. Une nouvelle choc qui a joué en faveur du succès de l'auteur.

"Plus loin il y a le Musée de Philadelphie et les marches que Sylvester Stallone a gravies en courant quand il était "Rocky". La musique du film monte en lui, le transporte, l'ennoblit. Le hic, c'est qu'il ne connaissait rien de rien à la boxe, Stallone."

Dans "Combattre à Philly" on partage le destin du boxeur Mookie, accompagné de son soigneur Connor et de son entraîneur Odell. Mookie devra affronter un champion africain qui lui donnera du fil à retordre. Mais tout peut arriver durant les matchs. Le lecteur découvrira une fois encore des personnages honnêtes et exigeants, qui ne font pas de distinction raciale, qui sont généreux et s'épanouissent par le biais de la boxe. Et ce, malgré les coups bas et les coups durs. Car F.X. Toole privilégie l'ouverture d'esprit et la droiture, grâce aux valeurs solides de ce sport. D'ailleurs on verra comment Connor qui consacre sa vie à la boxe est également capable de s'émerveiller devant les œuvres d'art de "Michel-Ange".

Ensuite on enchaîne avec la courte "Eau glacé" qui est moins dramatique que les précédentes nouvelles mais qui contient tout de même de l'émotion avec l'histoire du surnommé Bang-Bang, un boxeur mentalement limité dont la naïveté nous attendrit.

"Elles ont été cambriolées une fois, par des mexicains qui avaient cassé une fenêtre, et depuis leur maison a des grilles à toutes les ouvertures, comme la plupart des habitations dans le quartier. La señora Cabrera dort avec le Magnum calibre 44 de son grand-père sous l'oreiller."

Pour finir, "Traces de cordes", la plus longue nouvelle du recueil, offre une centaine de pages haletantes qui décrivent le parcours du boxeur Pudding et de son entraîneur Mac. Contrairement aux autres nouvelles, "Traces de cordes" est plus fouillée et ressemble davantage, dans sa construction, à un court roman. Vous ne regretterez donc pas sa lecture, d'autant que les personnages et le contexte social y sont extrêmement développés. La reconstitution historique des émeutes suite à la bavure concernant Rodney King est grisante. L'histoire de mac, seul blanc au sein du quartier noir intéressera même ceux qui se désintéressent de la boxe. Le climat y est tendu au possible et les faces à faces virulents se succèdent avec nervosité. Du grand art, véritablement, tant on frémit au fil des pages pour les protagonistes. La littérature de F.X. Toole est incomparable au piètres essais d'aujourd'hui sur la boxe, tel le "Mal Tiempo" de Fauquemberg ; relisez plutôt "Coup pour coup".

Une lecture incroyable donc, et profondément humaine, sur le combat qu'est la vie.

R.P.



18/12/2013
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