Contre-critique

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"La chambre noire" de J. Yoshiyuki


"La chambre noire" de Junnosuke Yoshiyuki.

"La chambre noire" nous raconte l'histoire de Nakata, un écrivain quadragénaire qui fréquente plusieurs filles mais qui refuse de se remarier pour n'avoir ni femme ni enfants et rester libre. Sa première épouse, nommée Keiko, ayant péri dix ans plus tôt sous les roues d'une voiture, Nakata se livre à des ébats sexuels avec Takako ou Natsue. Apparait alors Tsunoki, ancien collègue de Tanaka quand il était encore avec Keiko, et qui lui demande de rédiger un journal intime.
"C'était un geste très désinvolte: je voulais seulement sentir au creux de mes paumes  la forme de ses seins."
Au départ du récit, le personnage de Nakata rencontre Maki, une jeune homosexuelle avec qui il entamera une liaison.
"Tu aimerais pouvoir dire que les lesbiennes sont lesbiennes parce qu'elles ont été  blessées affectivement par un homme."
Nakata recherche à travers ses multiples partenaires un profond épanouissement, car marqué dans ses premières expériences par le sexe féminin qu'il assimile au mal dans le sens de la laideur, il espère un jour le concevoir sous l'aspect d'une rose.
Publié en 1969, "La chambre noire" est un roman, complexe et délibérément porté sur des questions d'ordre sexuel, qui fut auréolé du prix Tanizaki.
"Le fait de vouloir tirer de l'acte sexuel la jouissance la plus forte et la plus vive  possible est sans aucun doute, aussi bien pour un homme que pour une femme,  quelque chose de tout à fait naturel."
Yoshiyuki, par l'intermédiaire de son héro, s'interroge sur le sexe, le mariage, l'enfantement, l'homosexualité et l'avortement en nous livrant des passages tantôt poétique ou philosophique et tantôt cru et violent.
"Parce que j'irais voir un médecin. En fait, j'aime bien être enceinte: j'adore quand on  m'arrache l'embryon."
L'écriture de Yoshiyuki est simple mais ses propos sont profonds et d'une complexité prenante et enchevêtrée telle une toile tissée. Les personnages sont sincères et troubles de par les rapports qu'ils entretiennent les uns les autres.
Son récit est d'une grande crédibilité, comme si Yoshiyuki avait puisé cette histoire de son expérience personnelle, ce qui la rend très intéressante.
Divisé en 49 chapitres, le roman se lit facilement et n'est jamais ennuyeux du fait de la multiplicité des personnages et de l'action, sans oublier des moments de grâce qui aèrent le drame des situations.
"Le corps de Takako fondait, minuscule, dans mes bras, comme un flocon de neige  qui, à peine posé sur la paume de ma main, disparait instantanément."
Yoshiyuki dépeint les rapports humains avec minutie et générosité et nous offre une tranche de vie, cohérente et honnête. A lire.
R.P.


29/04/2010
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