Contre-critique

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"La délicatesse" de D. Foenkinos

 

"La délicatesse" de David Foenkinos.

 

"Dans la nuit, sous la pluie, ils s'allongèrent à même le sol qui devenait boueux. Le blanc de leurs vêtements n'était plus qu'un souvenir. François souleva la robe de sa femme, admettant que c'était ce qu'il voulait faire depuis le début de la soirée."

Tout commence avec la rencontre de Nathalie et de François. Leur relation s'établit en un instant et perdure avec le temps. Ils sont amoureux, s'entendent à merveille et se marient. Leur bonheur est total jusqu'à ce que le drame survienne. C'est alors que Nathalie doit réapprendre à vivre, sans François.

"La délicatesse" est un roman qui porte bien son nom ; l'auteur délaisse un peu son humour omniprésent du "Potentiel hérotique de ma femme" pour décrire des personnages plus sensibles et touchants qu'auparavant. Les relations sont ténues, les cœurs prêts à se froisser. Et Foenkinos raconte avec des mots qui nous caressent.

"Qu'il valait mieux oublier cette soirée, c'est tout. Elle dit qu'elle voulait marcher un peu, et partit sur cette douce tonalité. Charles continua de l'observer, suivant son dos. Il ne pouvait pas bouger, figé dans son échec. Nathalie s'éloignait, au centre de son champ de vision, devenait de plus en plus petite, mais c'était bien lui qui se tassait, lui qui rapetissait sur place."

Le roman se lit très facilement, et son rythme est soutenu par de nombreux rebondissements. Toute la première moitié est ponctuée de retournements de situations inattendus, et on se laisse porter par cette histoire de rencontres. Car il s'agit bien de rencontres. "La délicatesse" dévoile des hommes et des femmes profondéments humains. Certains se sentent attirés par les uns, d'autres sont repoussés par les autres, et c'est le processus de la vie qui se joue au-delà des mots.

Mais l'histoire profonde est celle de Nathalie, qui devra faire le deuil de François. Et c'est l'inattendu Markus, collègue insignifiant de sa boîte qui l'aidera à s'en sortir.

"Elle avançait dans leur salon, et tout était là. A l'identique. Rien n'avait bougé. La couverture toujours sur le canapé. La théière aussi sur la table basse, avec le livre qu'elle était en train de lire. Et fut saisie tout particulièrement par la vision du marque-page. Le livre était ainsi coupé en deux ; la première partie avait été lue du vivant de François."

Le couple en parfaite osmose du départ sera pourtant remplacé au final, par un couple plus improbable, moins assorti mais tout aussi solide : lors d'une scène proche de l'épanadiplose, dévoilant une chute devant la maison de grand-mère, où les corps sont tachés par la boue, tachés comme ceux de la scène du mariage, au début du roman. On comprend alors que Nathalie a trouvé une autre chaussure à son pied, tout aussi adaptée mais différente. Le couple arrive au même résultat mais par des voix divergentes. Et cela résume bien les deux prétendants de Nathalie ; François c'est la volonté, la maîtrise, et Markus c'est la chute, le hasard, l'impondérable.

"Mais non, rien ne pouvait reprendre comme avant. Quelque chose avait été brutalement brisé dans le mouvement des jours. Ce dimanche-là était toujours présent : on le trouvait dans le lundi et le jeudi. Et il continuait de survivre le vendredi ou le mardi. Ce dimanche-là n'en finissait pas, prenait des allures de sale éternité, se saupoudrant partout sur l'avenir."

Chaque personnage est crédible et travaillé psychologiquement. On s'y attache et on passe un agréable moment avec eux. Mais comme toutes délicatesses, on est attendri, c'est doux, mais ça n'a pas la force de la passion ; ça ne bouscule pas, ni ne bouleverse.

"La délicatesse" demeure un bonbon acidulé, agréable pour accompagner son été.

R.P.



02/12/2011
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