Contre-critique

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"La métamorphose" de F. Kafka

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"La métamorphose" de Franz Kafka.

 

"Le regard de Gregor se tourna ensuite vers la fenêtre, et le temps maussade - on entendait les gouttes de pluies frapper le rebord en zinc - le rendit tout mélancolique. "Et si je redormais un peu et oubliais toutes ces sottises ?" se dit-il ; mais c'était absolument irréalisable, car il avait l'habitude de dormir sur le côté droit et, dans l'état où il était à présent, il était incapable de se mettre dans cette position."

Véritable prouesse de l'illustre auteur tchèque Kafka, "La métamorphose" est le texte qui lui apporta la renommée, et pour cause. Il s'agit d'une idée simple et géniale, exploitée à merveille. Le récit de cet homme qui, un matin, se réveille transformé en insecte s'avère farfelu, drôle, et doté de cet univers absurde propre à l'auteur, dans lequel le personnage central agit avec raison.

On est pris par la narration, plongé de pleins pieds dès les toutes premières lignes dans l'histoire de Gregor Samsa, un représentant qui doit se rendre au bureau mais n'y parviens pas du fait de sa soudaine et surprenante enveloppe corporelle. Découvrir cet homme consciencieux, accablé, mais qui travaille malgré lui avec zèle devient jouissif. Et notamment la réaction de lui-même et de ses proches, qui s'inquiètent avant toute chose de son retard au travail plutôt que de son état de santé.

Pour ceux qui ne connaissent pas Kafka, il faut pas se laisser effrayer par son écriture, très dense, car la découvrir est une délectation, surtout à travers cette nouvelle d'une soixantaine de pages bien condensées qui peut se lire d'une seule traite.

"Gregor trouva singulier que, parmi les divers bruits du repas, on distinguât régulièrement celui des dents qui mâchaient, comme s'il s'était agi de montrer à Gregor qu'il faut des dents pour manger et qu'on ne saurait arriver à rien avec des mâchoires sans dents, si belles soient ces mâchoires."

Les personnages sont tous bien campés, que ce soit Anne, la mère aimante, ou Grete, la jeune sœur de 17 ans qui sera tour à tour pleureuse, magnanime et impitoyable.

Le premier chapitre se dévore sans effort, Kafka y expose la situation inouïe qui se joue, en nous la faisant vivre de l'intérieur. Durant le deuxième chapitre on découvre le quotidien absurde de Gregor, sans jamais devenir rébarbatif, ainsi que l'évolution des rapports familiaux. Et le troisième chapitre conflue à l'apothéose, alors que notre héros de vient un poids qu'on délaisse et qui dépérit. Cocasse dans sa narration, l'effroyable drame se révèle enfin et devient poignant lorsqu'il nous laisse un goût amer après la lecture.

Voici un texte parfait pour aborder Kafka, bien plus accessible que "Le procès" ou "Le château" - qui demeurent pourtant des œuvres phares - et plus percutant que "La colonie pénitentiaire". Humain, drôle, effroyable et dépaysant, cette œuvre de Kafka est le bijou d'un auteur dont on ne peut passer à côté, à lire absolument !

R.P.



16/12/2014
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