Contre-critique

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"La moustache" de E. Carrère.

 

"La moustache" de Emmanuel Carrère.

 

"Elle paraissait si déconcertée, choquée même qu'il se demanda un instant si elle n'était pas sincère, s'il se pouvait que, pour quelque raison incroyable, elle n'ait rien remarqué."

Juste avant de se rendre à un dîner, Marc se rase la moustache. Aussitôt après, sa femme Agnès, avec qui il entretient pourtant une relation passionnelle et réconfortante, ne s'aperçoit de rien. Tout comme leurs amis Serge et Véronique. Et c'est même pire que cela car peu après, Agnès soutiendra que Marc n'a jamais porté la moustache. Dès lors le héros va se poser un tas de question, douter de lui-même et des autres, pris au piège d'une réalité qui lui échappe.

"Dans la baignoire, il réfléchit. Sans lui en vouloir vraiment, il comprenait mal l'obstination d'Agnès à persévérer dans un canular dont la drôlerie, honnêtement, s'épuisait au bout de cinq minutes."

Le postulat de départ imaginé par Carrère était on ne peut plus alléchant, malheureusement il demeure inexploité. La situation de Marc, absurde, aurait pu dégénérer et entraîner ce dernier dans des péripéties complexes et insoupçonnées, totalement jouissives pour le lecteur - L'auteur amorce d'ailleurs des pistes intéressantes avec une femme qui se remet en question, qui propose de consulter un psy tout en niant en bloc la moustache de son mari et en allant jusqu'à écorcher sa carte d'identité - pourtant rien de vraiment élaboré ne surgit de ce roman. La situation se complexifie et prend une tournure intéressante jusqu'aux deux tiers du récit puis, l'auteur semblant ne pas savoir comment retomber sur ses pattes, le héros prend tout bonnement la fuite à l'étranger et son histoire devient aussitôt lassante et futile.

"Le trajet lui plut tant qu'une fois parvenu de l'autre côté, il pensa ne pas débarquer, repartir dans l'autre sens sans quitter sa place et, l'employé lui ayant fait signe qu'il fallait descendre, il obéit, mais reprit aussitôt un ticket et recommença."

Dommage que "La moustache" finisse par réellement tourner en rond, tout comme son héros qui passe son temps oisivement dans la ville de Hong-Kong puis dans celle de Macao, tandis que le lecteur a totalement perdu le fil de son histoire. Quant à la fin du roman, aussi abrupte que ratée, elle déçoit malgré sa violence, cependant que l'auteur tente vainement de boucler la boucle.

R.P.



03/05/2013
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