Contre-critique

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"La Zone du Dehors" de A. Damasio

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"La Zone du Dehors" de Alain Damasio.

 

"La Volte, c'est foutre le feu ! Vous percutez ? C'est planter des vigiles, troufionner du flic, et profond ! La Volte, c'est faire sortir le sang ! Ouais, les gars, ouais ! (...) Le tag, ça marque pas, ça marche plus, ça s'efface... Sur des sols lisses, il n'y a plus que le sang qui tache."

Le roman commence sur les chapeaux de roues, avec Capt accompagné de Bdcht, tous deux à bord d'un bobsleigh qui fonce à 200 km/h sur l'anneau périphérique à sept voies de Cerclon, et qui sont poursuivis par une caméra volante semblable à un drone tentaculaire. On comprend rapidement que Cerclon est une ville sous surveillance, bâtie sur un astéroïde proche de Saturne, et considérée comme une prison par une minorité parmi les quelques millions d'habitants qui y pullulent. Pour ces révoltés, dont Captp, Brihx, Slift, Obffs et Kamio, quitter la ville pour gagner la Zone du Dehors, sa terre rouge et ses cratères, est indispensable à leur liberté. Pour eux, il faut échapper à la norme, car Capt et les siens sont des rebelles : ils incarnent la Volte.

Le roman s'ouvre de manière plutôt anodine, disons comme de la science-fiction d'action basique, mais ne vous y trompez pas, "La zone du dehors" n'est pas un roman d'action. Et il prend une tournure vraiment intéressante à partir du moment où la Volte décide d'agir en mettant des lames sur des portes de sécurité. Le combat politique que nos héros mènent devient alors sérieux, grave et forcément engagé. De plus il sème le trouble au sein des rangs.

"L'actualité s'achevait sur un joyeux appel à la dénonciation de "toute personne suspecte", avec récompense, accès réseau sécurisé, protection assurée... Là enfin, les médias montraient leur vrai visage, celui de collabos bienveillants, de belles balances à veste propre"

Comme dans "La horde du contrevent", son chef-d'œuvre, on reconnait immédiatement l'écriture de Damasio ; et c'est d'ailleurs l'apanage des grands ! Cette façon de modifier la langue en fonction des protagonistes et de suivre tout au long du roman un groupe d'individus - dont chacun des membres se distinguent nettement des autres - est vraiment agréable.

On sent que Damasio est un révolté lui-même et qu'il cherche à réveiller les consciences et à sortir la population du marasme ambiant. "La Zone du Dehors" est évidemment un hommage au "1984" de George Orwell, puisque il prend racine dans une société sous surveillance où la paix apparente règne en dépit des libertés individuelles. Le postulat de l'auteur, une troisième puis une quatrième guerre mondiale ont éclaté sur Terre, obligeant les humains à reconstruire un modèle sociétal sur orbite, mais considéré comme calqué sur le milieu carcéral par la Volte.

"Dès que j'entrouvris les persiennes, quelque chose qui n'apparaissait sur aucun de mes croquis me frappa immédiatement : cette place était une cible, et la tour une flèche encore vibrante, à la pointe enfoncée sous le sol, qu'on supputait par quelque dieu habile du cosmos décochée."

Globalement, le roman demeure un débat concernant les idéaux exposés, et ce n'est qu'au milieu du récit et à la fin que l'action survient brièvement. À ce propos, le chapitre XII dans lequel le Bosquet mène une opération de manière spectaculaire est cinématographique et mémorable. L'attaque de la tour devient un sommet d'efficacité visuelle, tant les images de la scène nous parviennent aisément. Le suspense y est très bien mené et la tension se fait sentir pour le lecteur. D'autant que le passage d'un protagoniste à un autre laisse entrevoir l'efficacité à venir de Damasio, efficacité qu'on retrouvera pleinement sur "La horde du contrevent".

Malheureusement "La Zone du Dehors" contient trop de blabla et manque de rebondissements. il y a beaucoup de redites, et parmi les 650 pages, l'auteur aurait pu écrémer énormément pour accélérer le déroulé de l'histoire ; ce qui aurait maintenu davantage de tension, au lieu de cela, on s'épuise à attendre la tournure des événements au fil des trop nombreuses pages. C'est d'autant plus dommage que le propos des Voltés est riche, passionnant et indomptable.

Le chapitre XVII, par exemple, ne maintient pas un suspense haletant, alors que l'idée d'afficher en direct le pourcentage de votant pour la sentence de Capt aurait dû captiver. La bonne idée de Damasio n'est pas complètement exploitée. Heureusement, dès le chapitre XVIII, le lecteur sentira que le dénouement approche et il ira de surprise en surprise. D'abord le cube et sa Zhext, puis la tournure des événements concernant le devenir des membres de la Volte. Mais cela ne suffit pas à rendre le roman essentiel et indispensable. Au contraire, il faut s'accrocher pour aller au bout.

Un roman à réserver exclusivement aux fans de l'auteur, qui trouveront le courage d'aller au bout, pour ceux qui ne connaissent pas l'auteur, contentez-vous de "La horde du contrevent" !

R.P.



25/03/2016
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