Contre-critique

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"Le convoi de l'eau" de A. Yoshimura

 

"Le convoi de l'eau" de Akira Yoshimura.

 

"Parce qu'un village supposé exister secrètement au fin fond des montagnes sans aucune relation avec la population locale dépassait l'entendement et ne pouvait être accepté que sous forme de légende."

Ce court roman de Yoshimura raconte l'histoire d'un homme qui se mêle à une soixantaine d'ouvriers pour démarrer le chantier d'un barrage sur la rivière K. Ce héros, le narrateur, semble fuir quelque chose. Il tient dans son sac des petits os, vestiges de sa femme Yodono.

"Le fuselage des B29 semant leurs bombes incendiaires à basse altitude, chatoyant au-dessus du sol qui brûlait, et à la couleur des flammes grandioses qui dévoraient la ville n'étaient pour moi rien d'autre qu'un des aspects magnifiques de la lumière."

La mort est, comme souvent chez Yoshimura, étroitement liée à la vie. On apprend rapidement que le héros a tué sa femme et a purgé une peine de prison pour cela.

Le récit débute avec l'ascension en pleine nature des ouvriers, enchaînés les uns aux autres tels des prisonniers. Et la première chose qu'ils découvrent est le cimetière dont l'étendue de pierres tombales est incroyable. Ce n'est que plus tard que le premier habitant du hameau situé aux abords du chantier apparait.

"Ce hameau va être enseveli sous l'eau. Cela signifie que ses habitats seront expulsés et dédommagés. Si on commence à se brouiller avec eux, on risque de perdre toutes les chances d'arrangement à l'amiable."

Le hameau, totalement coupé de la civilisation, va devenir la source des préoccupations des travailleurs. Et chaque action entreprise pour le barrage aura des répercutions sur la vie tranquille des habitants avant leur arrivée. Et l'histoire n'est jamais lassante car elle réserve son lot de rebondissements inattendus.

"Je ne pouvais pas garder les yeux ouverts sur une scène aussi tragique. Pourquoi fallait-il qu'il leur arrive un tel malheur ?"

Yoshimura dénonce habilement un les lois de l'expulsion et aborde une problématique culturelle et sociale.

"On leur donnait une forte somme d'argent pour quitter les lieux. Mais le drame en réalité prenait sa source dans cette indemnité. Ignorant tout de la vie en société, ils ne savaient pas comment utiliser cet argent pour planifier leur vie future."

L'écriture de Yoshimura, froide et analytique, ne prend pas entièrement partie ; elle décrit avec précision et qualité les évènements sans obliger le lecteur à voir les choses d'une manière subjective. Yoshimura nous donne une histoire, empreinte de modernité, sans nous contraindre à son point de vue. C'est un peu comme s'il nous disait : "voilà les faits", et c'est à nous d'y réfléchir et d'en tirer les conclusions.

"En voyant cette expression déformée par l'humiliation et la honte, j'avais intuitivement fait le lien entre ce jeune homme et la fille. Je comprenais parfaitement la signification de son étrange sourire."

Le destin du hameau et de ses habitants fera écho à la vie et l'expérience du héros. Ce dernier s'identifiera à eux et finira par comprendre leur comportement. Mais il n'interviendra qu'une fois et se contentera d'observer, comme nous, les faits.

"Le convoi de l'eau" rappelle "Naufrages", car ces deux œuvres traitent de l'histoire d'une communauté, et se révèle tout aussi plaisant.

Un beau récit qui matérialise un drame de l'actualité, avec savoir faire et finesse, à lire.

R.P.



07/10/2011
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