Contre-critique

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"Le diable, tout le temps" de D.R. Pollock

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"Le Diable, tout le temps" de Donald Ray Pollock.

 

"Les dépouilles qui étaient trop raides et trop putréfiées pour saigner, il les suspendait aux croix et aux branches des arbres autour du tronc à prières. La chaleur et l'humidité les faisaient pourrir rapidement. La puanteur leur donnait des haut-le-cœur, à Arvin et à lui, quand ils s'agenouillaient pour implorer la pitié du Seigneur."

Ce roman, unanimement salué par la presse, nous narre au départ le parcours de Willard Russel, combattant de la seconde guerre mondiale qui, rentré chez lui, va tenter de fonder une famille et un foyer heureux. Mais comme le titre le laisse à penser, tout ne se déroulera pas comme prévu, bien au contraire.

De la souffrance née la folie. Et la souffrance est grande chez les personnages imaginés par Pollock. On flirte davantage avec la mort, la violence et le désespoir, qu'avec l'amour et la joie de vivre. Et au fil des chapitres, Pollock nourrit son récit du parcours de beaucoup d'autres personnages qui élargissent considérablement l'histoire quitte à nous perdre légèrement en tendant vers la polyphonie.

"Pourquoi la police avait-elle le droit de jeter un homme en prison juste parce qu'il n'avait pas de fric, ni d'adresse ? Et si cet homme ne voulait pas de putain de fric, ni de putain d'adresse ? Où était toute cette liberté dont ils se vantaient tellement ?"

Entre un couple de tueurs en série, un flic véreux et deux marginaux prêchant une croyance effroyable, le fils de Willard, Arvin, essaiera de tenir sa place dans un monde cruel et effrayant.

Tous les personnages sont variés et si proches d'un point de vue familial, qu'on croirait une monstrueuse famille qui éparpille ses ramures dégénérées. Sans parler de la religion qui en prend un sacré coup sous la plume de Pollock. Ici le mal s'insinue dans le religieux qui abuse de ses facultés et crée le crime.

Au fil des chapitres, on se laisse happer par cet univers morbide et malveillant et, dans la deuxième moitié du roman, on dévore vraiment les pages. Le suspense est au rendez-vous et les séquences d'action et de fusillade, particulièrement cinématographiques et visuelles, sont parfaitement réussies. On pense aux films noir des frères Coen et l'on imagine aisément ce roman adapté pour le septième art.

Haletant, sanglant et désespéré, ce "Diable, tout le temps" est un très bon roman, qui se révèle moins dense et plus divertissant que son récit suivant : "Une mort qui en vaut la peine". À découvrir donc !

R.P.



11/09/2017
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