Contre-critique

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"Le jeu" de R. Laymon

 

"Le jeu" de Richard Laymon.

 

"Jane Kerry remarqua l'enveloppe en passant derrière le comptoir des prêts. Sa première pensée fut qu'elle n'avait rien à faire sur la chaise."

Ainsi commence ce roman intriguant de Laymon, qui nous raconte comment une bibliothécaire est entraînée dans un jeu de défis successifs, une sorte de chasse au trésor mené par un certain MJ, qui sème des enveloppes contenant argent et instructions.

Au cours de son aventure, Jane va rencontrer un homme séduisant nommé Brace qui l'accompagnera. Mais jusqu'où ?

"...pour écrire de telles lettres et donner autant d'argent à un étranger, il fallait certainement être anormal - peut-être même dangereux."

Le récit est énigmatique et l'on se demande où tout cela va mener notre héroïne. On s'identifie au personnage, on s'interroge sur ce qui lui arrive et on se demande comment on réagirait à sa place. Dès lors Laymon a déjà habilement accroché son lecteur.

"Ce n'est pas tellement le froid, pensa-t-elle, c'est tout le reste.

 La tension nerveuse, l'excitation."

Au départ Jane est timorée, mais au fil des épreuves elle gagne en assurance et en audace. Son personnage est surprenant et attachant.

La force de l'auteur vient du fait qu'il élude adroitement les moments qui auraient pu être ennuyeux, pour aller droit au but en privilégiant l'action dramatique. Il ne s'attarde aucunement sur le quotidien redondant du métier de Jane.

"Quand elle posa le pied sur la dernière marche, la porte s'ouvrit brusquement et un homme fonça sur elle."

L'écriture de Laymon est incisive et crue. Il aborde le sexe, la violence et il fait usage d'un vocabulaire parfois grossier d'une manière naturelle et simple qui est efficace.

"Il ne dirait jamais des choses pareilles. Il n'y a qu'un sale fils de pute comme Ken pour dire ça.

 Et Tracy était peut-être bonne, mais elle avait la personnalité d'une fouine et le cerveau d'un insecte."

Le jeu auquel Jane participe est haletant et rythme de manière soutenue le roman. On se demande continuellement ce qui va arriver après ce qu'on est en train de lire. Et chaque nouvelles missions apporte son lot de surprise. Laymon réussit à maintenir un très bon suspense. De plus il y a de nombreux rebondissements.

"-Vous ne l'avez pas?

 -J'l'ai jamais eue.

 -Mais vous avez dit...

 -C'était pour que Tango arrête de penser que j'vous l'avais piquée."

Par contre les personnages ne sont pas suffisamment développés. Leurs identités ne nous sont révélées que superficiellement. On manque d'informations pour pouvoir réellement cerner les personnages.

"Je l'ai poignardé. Je l'ai poignardé deux fois.

 Elle avait toujours le couteau dans la main. Sa poignée était lisse et collante."

Après une grande partie orientée enquête, on bascule dans l'horreur pure. Laymon parvient à nous faire frissonner au travers de situations horribles et inattendues à la fois.

"Il pourrait y avoir quelque chose de vraiment terrible dans ce frigo. Quoi que ce soit, garde ton calme. Ne panique pas."

Le seul point qui fasse véritablement défaut au roman, en dehors du manque de crédibilité de certains évènements, réside dans sa fin. Pour ne pas être déçu, il faut lire "Le jeu" sans vouloir connaître le fin mot de l'histoire. Car le livre ne nous éclaire pas sur les motivations premières de ce jeu, ni sur le choix de ses victimes, ni sur les raisons qui poussent MJ -le Maître du Jeu- à agir de la sorte. Du coup le mystère très épais finit par ne rien dévoiler du tout.

La déception finale, qui se conclut presque comme un "happy end", n'entache cependant pas le plaisir que nous a procuré "Le jeu" tout au long de sa lecture.

Conseillé pour sortir de son quotidien et se faire peur sans se prendre la tête; un divertissement haut de gamme.

R.P.



13/12/2010
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