Contre-critique

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"Le maître du haut château" de P.K. Dick

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"Le maître du haut château" de Philip K. Dick.

 

"Nous vivons dans un monde psychotique. Les fous sont au pouvoir. Depuis quand en avons-nous la certitude ? Depuis quand affrontons-nous cette réalité ? Et... combien sommes-nous à le savoir ?"

Alors qu'une belle adaptation en série télévisuelle est en cours, il serait temps de découvrir ce classique de la littérature de SF signé par le maître Philip K. Dick. Mais attention, les premiers chapitres sont délicats à appréhender ; c'est à la fois complexe, très éparpillé entre les nombreux protagonistes, et peu passionnant. Il faudra s'accrocher car la lecture s'avère ardue. On découvre Robert Childan, sorte de brocanteur d'objets d'art ethnique traditionnel, qui doit satisfaire M Tagomi, malgré les délais interminables dont fait preuve l'objet de sa commande, elle-même destinée à M Baynes. Heureusement un jeune couple, Paul et Betty Kasoura, viennent dans la boutique de Childan pour faire leur décoration intérieure. D'un autre côté Frank Frink, qui vient de se faire virer et va monter sa propre fabrication d'objets, sans oublier son ex-jemme Juliana qui s'acoquine avec un italien.

De ces multiples histoires intimistes découle un monde étonnant, uchronique, dans lequel les forces japonaises dominent les États-Unis suite à leur victoire durant la deuxième guerre mondiale qui eut lieu 17 ans auparavant. Et désormais les protagonistes se réfèrent tous au Yi King et ses 49 tiges d'achillée qui permettent de voir l'avenir comme la cartomancie.

"Des taupes aveugles, voilà ce que nous sommes. Rampant dans la terre, cherchant leur chemin, le museau en avant. Parfaitement ignorantes. J'en ai eu conscience... et je ne sais où aller. Je ne sais que hurler de peur. M'enfuir."

Passées cinquante pages, on a l'impression qu'une histoire de complot et de trahison pourrait bien se mettre en place, avec les menaces de M Baynes qui se révèle être un juif suédois esthétiquement retouché ayant des relations haut placées. Et puis ce trafic de faux orchestré par Wyndam-Matson, et qui touche Childan.

Ce n'est que plus tard encore qu'intervient le fameux roman interdit, "Le poids de la sauterelle", qui explique la victoire des États-Unis durant la deuxième guerre. Son auteur étant ledit maître du haut château, vivant reclus.

"Il nous a humiliés, ma race et moi. Et je n'y peux rien. Il m'est impossible de me venger ; nous sommes vaincus, et toutes nos défaites ressemblent à celle-là, si ténues, si délicates que c'est tout juste si nous en avons conscience."

Rester attentif durant la lecture est impératif pour bien comprendre de quoi il retourne et ne pas risquer d'être largué. L'état d'esprit des personnages est nettement développé et parfois il est uniquement question de sous-entendus et de combat par le biais de soliloque intérieur, comme lors de la fin du chapitre onze, magistrale, ou s'affrontent sans le montrer Childan et Paul Kasoura. De tels passages, basés uniquement sur la réflexion personnelle d'un protagoniste, semblent impossibles à adapter d'un point de vue cinématographique, car nous sommes dans le propre de la littérature, à savoir l'étude de la pensée.

Au final, on est loin du chef-d'œuvre annoncé, et d'autres romans, tels "Substance mort", "Blade Runner", "Le Dieu venu du centaure", ou même "Glissement de temps sur Mars", sans parler de l'excellent "Confessions d’un barjo" sont bien plus prenant. Heureusement le dernier tiers de ce "Maître du haut château" délivre son lot de rebondissements et d'action, efficace, mais peut-être pas suffisant vis-à-vis de toute la longue et périlleuse mise en place des trois-quarts du bouquin (et vu qu'il n'y a pas de véritable twist final). À réserver aux fans donc !

R.P.



03/03/2017
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