Contre-critique

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"La petite Déesse" de I. McDonald

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"La Petite Déesse" de Ian McDonald.

 

"(...) le dos bossu d'un robot de combat s'insinuait entre les cyclo-pousse et les phut-phuts. Avant même de distinguer sur sa carapace les dieux-démons du bouddhisme de montagne customisés, Sanjîv sut la marque de la machine, son modèle et qui le pilotait."

Dès la première nouvelle de ce recueil, intitulée "Sanjîv et Robot-wallah", Ian McDonald nous plonge dans l'Inde futuriste qui sert de décor pour son roman le plus acclamé "Le Fleuve des dieux". Peuplé de robots et de technologies élaborées - tels le lighthoek et l'intelligence aeai - se mélangeant au désir humain, le pays qu'il a imaginé fourmille de détails qui le rendent réaliste et touchant.

Dans cette première nouvelle on découvre la désillusion de la jeunesse qui voue un véritable culte aux robots de combats pilotés par des adolescents devenus stars. La confrontation entre le père de Sanjîv qui tient un stand de pizzas et l'adoration de son fils pour les andro-sexy pilotes de droïdes fait écho à notre star-système qui s'oppose au quotidien. L'auteur y dévoile la passion adolescente qui voit la guerre comme un jeu magnifique.

"Le dirigeable mortellement blessé lâcha de la poussière étincelante, se froissa, se plia en deux par le milieu et tomba dans l'océan où il éclata comme une bombe à eau. Les flots bouillonnèrent aussitôt d'almkvists, des charognards tout en rapidité et en mâchoires."

L'enfance est au cœur du recueil et "Kyle fait la connaissance du fleuve" poursuit la vision adolescente que l'auteur pose sur l'univers qu'il a créé. Ainsi Kyle Rubin et sa famille ont immigré en Inde pour reconstruire la nation. Vivant au sein d'un complexe occidental nommé Cantonnement. Kyle fait du sport et joue à des jeux virtuels avec son ami Sâlim. Mais avec le conflit entre nationalités et les attentats au chat-bombe ou à la voiture explosive - qui rappellent Gaza - Kyle n'est pas à l'abri et ses parents s'inquiètent.

"Votre vie n'est rien d'autre que cela, votre monde n'est rien d'autre que le vôtre, même dans un palais râjput défendu par des singes mécaniques contre une implacable famille rivale. Même quand vous êtes une arme."

Ainsi "L'assassin-poussière" démontre une nouvelle fois que l'univers futuriste de l'auteur est proche du nôtre par l'intermédiaire de ses protagonistes et de leurs pensées. La couverture du recueil est directement empruntée du singe mécanique à cette histoire, celle de Padmîni, fillette héritière de sa lignée qui doit se venger des Âzâd. Car entre les deux familles c'est la guerre.

Comme pour les précédentes, on retrouve dans cette nouvelle toute l'inconscience du héros, âgé ici de 14 ans, face au danger du monde extérieur. Par contre, et même si le titre de la nouvelle nous met sur une fausse piste, on sent venir le rebondissement final, puisque un indice sur la constitution de Padmîni nous est livré au début. D'ailleurs on ne comprend pas pourquoi elle accepte la proposition du fils ennemi, une décision qui n'a pas d'argument logique si ce n'est aboutir au résultat escompté, mais dans ce cas elle aurait dû être manipulatrice et non victime.

C'est au cours de cette nouvelle et surtout de la suivante, "Un beau parti", que l'ennui guette le lecteur. D'abord parce que le sujet du mariage est commun aux deux récits, et que cela devient redondant, même si c'est traité de manière très différente. Ensuite parce que l'auteur a tendance à narrer les événements comme s'ils étaient déjà passé et ne nous conte pas suffisamment les faits dans un présent de l'action. Ajoutez à cela que les nouvelles, même si c'est le fait même de leur nature, ne permettent pas de plonger réellement et durablement dans une histoire, puisque les protagonistes changent continuellement, et que leur histoire doit chaque fois être re-expliquée. McDonald ne parvient pas à nous tenir en haleine durablement, et il finit par nous lasser.

Et malheureusement "La petite déesse", nouvelle qui donne son nom au recueil, ne redonne aucun entrain à la lecture. Il s'agit à nouveau d'une ado qui devient déesse avant de perdre son statut puis de participer à un trafique illégal d'aeais. On se demande où McDonald veut en venir, et ses histoires courtes ne possèdent pas suffisamment d'entrain ou d'universalité pour passionner tout le monde. Et nombre de lecteurs risquent de rester sur le banc de touche.

En définitive c'est loin d'être mauvais, mais il est difficile de vraiment plonger dans cet univers fragmenté en nouvelles et de se prendre de passion pour ces personnages qu'on regarde évoluer sans réellement se sentir impliqué. C'est le coup dans l'eau d'une belle épée, sans plus.

R.P.



30/08/2014
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