Contre-critique

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"Le potentiel érotique de ma femme" de D.Foenkinos

 

"Le potentiel érotique de ma femme" de David Foenkinos.

 

"Il serait une sorte de héros de notre temps, avec des mollets ronds. Mais voilà qu'il venait de décider de se suicider. On avait vu mieux comme héros, merci."

Hector, le personnage principal de l'histoire, décide de se suicider pour mettre un terme à sa vie de collectionneur maladif. Heureusement, il se rate et le roman continue. Hector rencontrera une femme, Brigitte, en sera amoureux et croira trouver avec elle une stabilité. Mais le pire est à venir...

Dès le début, le roman de Foenkinos nous plonge dans son univers drôle et décalé. Contrairement à ce que peut suggérer son titre, "Le potentiel érotique..." n'est pas un roman qui fait appel à l'érotisme. Au contraire, il se base sur le jeu de mot, la cocasserie.

"Quand à leur vie sexuelle, elle est calme comme un cancre pendant les vacances scolaires. Collectionner est l'une des rares activités qui ne reposent pas sur la séduction."

Foenkinos enchaine le contre-pied comique de vocabulaire et s'essaie aux aphorismes. Ce qui fera rire les uns mais risquera de laisser de marbre les autres, ceux que cet humour incongru et souvent lié au sexe n'atteindra pas.

"Son nez glamour remuait délicatement comme les paupières d'une adolescente dont les seins poussent plus vite que prévu."

Au niveau de l'écriture, nous ne sommes pas dans de la grande littérature, et bien qu'empreinte d'un style personnel, on pourra reprocher à l'auteur d'être trop répétitif dans l'usage de ses mots, même si cela est volontaire :

"...la peur de trembler le faisait trembler.

...Ses yeux étaient cernés par des cernes.

...Hector suait ses dernières gouttes de sueur."

Foenkinos utilise la première personne du pluriel pour écrire, comme s'il voulait englober le lecteur avec lui et ses idées et découvertes, tout en se distinguant du lecteur, comme s'il était une sorte d'entité :

"...puis comme notre but n'est pas d'endormir le lecteur, nous arrêtons ici cette énumération qui dura une bonne partie de la nuit."

L'auteur commente son propre récit, le truffe de blagues, et parfois, cela frôle la mise en abyme :

"Et il y avait aussi ces deux polonais qui avaient pour étrangeté de collectionner les apparitions de deux polonais dans les romans."

Ce roman ne semble pas se prendre au sérieux, et Foenkinos se permet de nombreux néologismes :

"Brigitte fit effervescer deux aspirines dans un verre d'eau."

Après un démarrage incongru et qui se révèle ennuyeux vers le milieu du récit, "Le potentiel..." se réveille au bout de cent pages et se dégorge de plusieurs rebondissements très efficaces qui relancent l'intérêt et permettent de finir la lecture sur des points positifs.

"Brigitte devait être lavage de vitre, ou ne devait pas être."

A propos d'érotisme, on regrettera que l'auteur ne dévoile pas le moment où Brigitte lave les carreaux. Foenkinos se contente d'une description peu convainquante :"...le premier mollet sur la marche supérieure est d'une rondeur sans faille, alors que le second demeure marqué par la nervure de l'effort." Tandis que révéler les détails de cette scène, qui est un moment clef, et faire ressortir la sensualité des mollets d'une femme aurait été intéressant d'un point de vue littéraire.

Ce court roman est donc un petit divertissement sans prétention qui aborde un scénario original mais dont la forme, trop naïve et frivole, ne permettra pas de passionner les amoureux de la littérature.

R.P.



15/09/2011
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