Contre-critique

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"Le procès" de F.Kafka

 

"Le Procès" de Franz Kafka.

 

Même si ce roman débute par la fin, l'histoire s'entame avec une arrestation : celle de K., un employé de banque qui se fait arrêté un matin, au saut du lit, sans qu'on ne lui en révèle le motif.

"K. avançait entre eux, le corps rigide et tendu ; ils formaient maintenant une telle unité tous les trois, que si on en avait renversé un, on les aurait renversés tous ensemble."

Comme souvent chez Kafka, on retrouve ici son talent de faiseur d'images. En seulement quelques lignes, il développe une littérature visuelle.

"La logique a beau être inébranlable, elle ne résiste pas à quelqu'un qui veut vivre. Où était le juge qu'il n'avait jamais vu ? Où était le haut tribunal auquel il n'avait jamais accédé ?"

Toute l'absurdité Kafkaïenne est contenu dans "Le procès" ; tout comme dans "Le château", le héro est pris au piège par les mécanismes de la hiérarchie et par l'autorité protocolaire d'un système qui le dépasse malgré tous ses efforts pour le combattre et pour changer les choses immuables qui sont inhérentes à ce système.

"Voulez-vous hâter la fin de votre maudit grand procès en discutant d'identité et de mandat d'arrêt avec nous autres gardes ? Nous sommes des employés, à peine capable de nous y retrouver dans des papiers d'identité, et dont le seul lien avec votre affaire est que nous montons la garde dix heures par jour chez vous..."

La problématique de Kafka est claire ; comment se départir d'un processus auquel tous consentent, quand on est un individu isolé et que les autres, sans chercher à comprendre et sans remettre en cause les règles établies, se contentent d'exécuter fidèlement ?

Le héro du "Procès" ne trouve pas de réponse car ceux qui la détiennent sont toujours d'autres personnes, toujours plus haut-placées et inaccessibles.

"De jeunes adolescentes qui ne semblaient vêtues que d'un tablier couraient dans tous les sens d'un air très affairé."

L'univers de Kafka est très logique et solennel pourtant des scènes improbables s'enchaînent et se juxtaposent à volonté, comme si les personnages étaient soumis aléatoirement à l'imagination fertile de leur auteur. Ainsi, alors que K. est entré dans un immeuble à la recherche de la commission d'enquète, il tombe sur des enfants qui jouent aux billes et sur des appartements où des femmes font la cuisine.

"Il y a dans le plancher de cette salle...un trou, vieux de de plus d'un an, pas assez grand pour qu'un être humain passe à travers, mais assez pour qu'on y enfonce une jambe. La salle des avocats est au deuxième étage du grenier, de sorte que, si quelqu'un s'y enfonce, sa jambe reste suspendue au plafond..."

En s'appuyant sur notre logique, Kafka dérape peu à peu vers un monde absurde qui susite le rire et l'effroi. Il nous divertit tout en nous alertant sur les dangers qui pourraient arriver à notre société.

"Ces gens ont donc affirmé que d'après vos lèvres, vous seriez sûrement condamné, et dans un avenir proche."

Plus l'histoire progresse et plus Kafka nous emmène vers l'absurde, car les situations sont grotesques, mais elles gardent toujours un fond de réalité possible, car s'appuyant sur des anaecdotes extrêmes mais presques vraisemblables. Au fond "Le procès" est une histoire folle mais qui aurait pu exister.

Le suspense est bien mené car, comme K., on cherche à savoir pourquoi il à été arrêté et comment il peut s'en sortir. Mais face à cette réponse impossible, Kafka nous fait réfléchir sur nous-même et sur notre condition ; car n'essayons-nous pas toujours d'échapper à ce que nous sommes, notre condition de mortel ?

De plus Kafka nous offre l'histoire du portier lors du chapitre "Dans la cathédrale". Cette histoire du portier est un véritable joyau de réflexion comparable, dans sa dimension philosophique, à l'allégorie de la caverne de Platon. A lire !

Moins connu, son recueil "La colonie pénitentiaire" mérite également le détour.

R.P.



09/08/2011
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