Contre-critique

Contre-critique

"Le voyeur" de A. Robbe-Grillet

58815.jpg

"Le voyeur" de Alain Robbe-Grillet.

 

"L'enfant regardait toujours dans sa direction. Pourtant il était difficile de préciser si c'était lui qu'elle observait, ou bien quelque chose au-delà, ou même rien de défini ; ses yeux paraissaient presque trop ouverts pour qu'ils pussent recueillir un élément isolé, à moins qu'il ne fût de dimensions très vastes."

Dès les premières pages, on est saisi par la qualité de l'écriture et le suspense qui plane sur l'histoire de cet homme, Mathias, qui quitte le quai à bord d'un bateau et trouve un bout de ficelle sur le pont. Et très vite on constate la particularité de ce roman qui s'attarde, de manière surprenante, sur les détails et les objets. Et tandis que la traversée maritime s'opère pour Mathias, et que l'on comprend qu'il retourne sur l'île où il a vécu afin de vendre des montres, quelques souvenirs de son passé refluent. À une certaine époque, Mathias collectionnait les bout de ficelles et dessinait.

Troisième roman d'un écrivain disparu en 2008. "Le voyeur" est une vraie curiosité qu'il faut prendre le temps de découvrir, en passant au-delà des rébarbatives mais hypnotiques descriptions géométriques, tout en plans inclinés, lignes, triangles et bandes. Bref de l'inédit qui bouscule la construction conventionnelle. Car entre cette obsession du détail et du calcul, apparaissent des moments de grâce.

"Son interlocuteur avait une façon curieuse de répondre, commençant toujours par abonder dans son sens, répétant au besoin les propres termes de sa phrase d'un ton convaincu, pour introduire le doute une seconde plus tard et tout détruire par une proposition contraire, plus ou moins catégorique."

De belles preuves révélant la fine analyse de son auteur jalonnent le récit. Et passées les cinquante premières pages, Mathias s'attèle à son travail de vendeur de montres ambulant et son récit se fait plus palpitant. On pénètre alors un monde étrange, où les lieux sont incertains, le cafetier inquiétant, et l'ambiance se rapproche des westerns. On se demande à chaque instant ce qui risque de se produire et tout nous paraît instable, suspicieux, interlope. D'autant qu'une coupure de presse dans la poche de la vareuse de Mathias parle d'un corps retrouvé ayant subi des sévices et que notre héros nous perd dans ses projections, comme s'il avait le don d'ubiquité.

Malgré tout, le suspense palpable du récit s'estompe au fil des déambulations de Mathias. Et on aurait bien suggéré quelques coupes à l'auteur.

Heureusement la troisième partie se révèle la plus intéressante, puisque proche du polar. La découverte de l'action occultée mais décisive accomplie par notre héros devient certaine. Et sa quête pour en effacer toutes traces nous tient en haleine.

Attention spoiler : Le récit devient une quête, à savoir comment cacher le crime de Violette/Jacqueline Leduc tandis que Julien Marek semble le témoin gênant ?

Mais toute l'intrigue demeure décousue jusqu'aux dernières pages. Et une fois la lecture achevée, on reste sur sa faim.

Une curiosité donc, à réserver aux acharnés du détail, les autres risquant fort de s'ennuyer.

R.P.



05/02/2017
0 Poster un commentaire
Ces blogs de Littérature & Poésie pourraient vous intéresser

Inscrivez-vous au blog

Soyez prévenu par email des prochaines mises à jour