Contre-critique

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"Les Immortelles" de M. Orcel

 

 

"Les Immortelles" de Makenzy Orcel.

 

"Le destin a voulu que tu sois ici aujourd'hui, dans cette pièce, en face de moi, juste à cette place où elle  aimait s'asseoir pour lire, pour que tu rendes compte de tout ça. Pour que tu la rende vivante parmi les  morts."

Autant le dire tout de suite, "Les Immortelles" ne ressucitera que peu la mémoire des prostituées disparues durant le tremblement de terre qui secoua Haïti au début 2010. M.Orcel nous raconte, par l'intermédiaire d'une prostituée de Port-au-Prince qui se confie à un écrivain, l'histoire de celle qu'on surnommait Shakira, une jeune fille qui fuit sa mère et se met à exercer le métier de la rue. Appelée "la petite" par sa tutrice de fortune, Shakira se distingue des autres putes par son goût pour les livres et la relation qu'elle entretient avec un vieux professeur de littérature.

"Que personne ne vienne me dire qu'on avait une vie avant ça, qu'on en aura une autre après et après.  Moi, je me contente de celle qui est là, maintenant, celle qui bat dans ma poitrine, circule dans mes  veines, tout en essayant de la vivre pleinement. Point merde."

"La petite" détestait au plus au point sa mère, une vendeuse de bibles qui faisait tout son possible pour l'éloigner du milieu de la prostitution. Mais "la petite", dès 12 ans, fugua et se mit à exercer le métier, car pour elle, c'était cela la liberté.

"La petite. Elle était la première à crier. La dernière aussi à trépasser. Après douze jours. Après avoir prié  tous les saints. Elle, toute frêle comme je la connais, passer plusieurs jours sous tout ce que les  hommes considèrent comme marque de grandeur, d'ascention sociale !"

Beaucoup de reproches peuvent être fait à ce premier roman, car malgré toutes les bonnes intentions, "Les Immortelles" se contente simplement de survoler ses personnages. Malgré quelques succintes descriptions, les situations sont quasi inexistantes et on ne partage rien avec les protagonistes. Seules des bribes d'information sont distillées au fil des pages, et l'hommage vire malheureusement à l'anecdote. Les lignes sont dénuées d'émotions et le sort de "la petite" et des autres ne nous atteint pas.

À aucun moment, la narration ne se met à la place des personnages, et les quelques plaintes qui sont formulées par certains ne procurent que peu d'intensité à ce roman qui en manque grandement.

Les motivations de chacun ne sont que peu dévoilées, et les enjeux dramatiques ne transparaissent pas assez. Du coup, on s'ennuit alors que le récit est très court, moins de 140 pages.

De plus, on ne voit pas où veut aller le roman. Il y a des confessions d'ordre sexuel, mais elles sont rares. Il y a des des écrivains et des roman qui sont cités, mais c'est tout, rien de plus ne nous en est révélé. On constate donc, quels que soient les thèmes abordés, que les informations sont données de manière futile, sans développer "le pourquoi du comment".

"Ma mère. Pourquoi ne se suicide-t-elle pas ou ne tue-t-elle pas mon père ? Pour cesser d'être sa  chienne, sa victime. Elle est l'exemple parfait de l'animosité de l'homme vis-à-vis de la femme."

Manquant son objectif, "Les Immortelles" n'est ni bouleversant, ni d'une authentique humanité, comme le prétendait la deuxième de couverture, dommage.

R.P.



27/11/2012
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