Contre-critique

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"L'hiver dernier, je me suis séparé de toi" de F. Nakamura

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"L'hiver dernier, je me suis séparé de toi" de Fuminori Nakamura.

 

"Ce que Dieu, qui connaît le véritable souhait du pasteur, lui offre en souriant, c'est peut-être non pas la paix dans le monde, mais une fillette dévêtue. En admettant que Dieu qui tente de combler le vœu véritable du pasteur soit cruellement innocent et tout-puissant."

Yûdai Kiharazaka, photographe professionnel de 35 ans, est accusé d'un double meurtre et risque la peine capitale. Durant sa détention, notre narrateur et journaliste procède à des interviews du criminel et de son entourage.

Ce court roman - fait habituel chez Nakamura - alterne les chapitres entre le point de vue du journaliste et celui du meurtrier. On en apprend ainsi davantage sur chacun des protagonistes au fil des pages. Mais dès le départ on est captivé par ce récit qui ne sépare pas le mauvais du bon, et qui, au contraire, montre une frontière poreuse entre celui qui a basculé dans le crime et celui qui s'intéresse au pourquoi d'un tel acte. On sent presque immédiatement que s'intéresser à ce criminel est un jeu dangereux pour notre narrateur et la maxime de Nietzsche "Et si tu regardes dans un abîme, l'abîme regarde aussi en toi" y fait directement écho.

D'un point de vue psychologique, tout paraît dangereux dans ce roman. Chaque rencontre, chaque révélation, semble plonger le héros dans un monde sombre et tortueux où il apparaît que revenir en arrière ne soit pas envisageable. On y découvre le K2, sorte de secte dans laquelle les adeptes possèdent une poupée à l'effigie humaine. Et, fait d'autant plus étrange, la rumeur veut que les poupées parlent à leur propriétaire.

"...Et si je te parlais de mon arrestation ? D'autre chose que ce qui t'intéresse. J'avais justement envie de confier à quelqu'un les sensations étranges ressenties ce jour-là... Et puis, va savoir, peut-être seras-tu concernés un jour"

Notre héros, sans cesse rabaissé par ces interlocuteurs qui affirment qu'il n'est pas à la hauteur, va vraisemblablement vouloir prouver à tous qu'il fait bel et bien partie de leur monde, et surtout à Akari, la sœur du criminel, avec qui un lien étrange va s'instaurer.

"L'hiver dernier,..." propose de belles surprises, notamment lorsqu'on réalise que le destinataire des lettres n'est pas celui qu'on croit. Sans compter la suite. Entre retournement de situation admirable et changement d'identité, on pense un peu au "lézard noir" mais dans une version bien plus cruelle et sombre. L'ampleur du récit devient vertigineuse et se rapproche fortement du polar. "L'hiver dernier,..." est un roman prodigieux, qui séduit autant par sa forme que par sa mise en abîme, en tant qu'objet apparaissant à l'intérieur de lui-même. C'est du grand art que de découvrir la quête de cet éditeur au centre de toute l'énigme. Il s'agit du roman le plus abouti de Nakamura. Mais n'hésitez pas à découvrir aussi "Revolver".

R.P.



23/09/2017
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