Contre-critique

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"Ma mémoire assassine" de Y-H. Kim

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"Ma mémoire assassine" de Young-ha Kim.

 

"Avant, je détestais les gens qui ne disent que des paroles en l'air, et j'ai fait des efforts pour ne pas être comme eux. Mais le problème, c'est que c'est devenu difficile désormais, alors je le renote dans mon journal, pour ne pas l'oublier. Je ne dois pas laisser Eun-hee mourir."

Kim Byeong-su, un homme de 70 ans, est atteint de la maladie d'Alzheimer. C'est d'autant plus embêtant pour lui qu'il s'agit d'un ancien tueur avec des cadavres enterrés dans son jardin, et qu'il a Eun-hee, une fille de 27 ans à sa charge. Il ne doit rien oublier et note tout dans un calepin. Mais l'histoire ne s'arrête pas là, car des filles sont retrouvées mortes ces derniers temps, suivant le même modus operandi, et qu'un prénommé Pak Ju-tae semble le responsable. Ce dernier pourrait-il s'en prendre à Eun-hee ?

Au fil d'une écriture simple et de courts paragraphes, très aérés, l'auteur nous donne les indices de cette histoire machiavélique qui se densifie au fil des pages.

"Les chiens, si féroces soient-ils, couinent et mettent la queue entre les jambes dès qu'ils entrent chez un vétérinaire, au grand étonnement de leurs maîtres. Les adolescents ne sont pas très différents de ces animaux. Le premier regard instaure immédiatement la relation dominé-dominant."

Au fil de la lecture, on sent que quelque chose cloche, notamment une contradiction concernant le chien ; car Eun-hee annonce d'abord à son père qu'il s'agit de leur chien, avant d'affirmer, plus tard, qu'ils n'ont jamais eu de chien. Malheureusement il faut reconnaître que l'on se perd un peu. Les méandres de la mémoire de Byeong-su nous empêche d'y voir clair. Lorsqu'on referme ce court roman, on n'est pas sûr d'avoir compris où se situait la vérité. Est-ce que Pak Ju-tae a piégé notre héros vieillissant, où était-il un simple inspecteur opiniâtre ? Et qui a tué Eun-hee ? Plusieurs options s'offrent à nous sans qu'une réponse définitive ne nous apparaisse. Pourtant ce flou scénaristique n'est pas rédhibitoire, d'autant que le Sûtra final fait sens concernant l'irrésolution de l'intrigue et que l'on prend du plaisir à suivre le parcours du protagoniste.

Les curieux voudront forcément relire le livre pour essayer de comprendre ou de récupérer des clefs qui leur auront échappé. Mais la confusion du lecteur pourra-t-elle disparaître ? Rien n'est moins sûr, vous êtes prévenus.

R.P.

ps : la note de l'auteur en fin d'ouvrage est assez touchante, et rehausse l'intérêt du récit.



12/10/2016
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