Contre-critique

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"Mal tiempo" de D. Fauquemberg

 

"Mal tiempo" de David Fauquemberg.

 

"-Ecoute, j'ai besoin de toi. Tu causes espagnol, non ? ... Et tu connais Cuba. Parce que ça y est : j'emmène les jeunes, un camp d'entraînement à la dure."

Ce nouveau roman de Fauquemberg nous transporte à Cuba puis aux Caraïbes, lors de deux rencontres sportives dans l'univers de la boxe. Le héros, qui est également le narrateur, est entraîné par Rouslan, un vieux coach généreux dont les meilleures recrues sont Fred et Toufik. Ils partiront tous s'exercer avec les cubains et feront la rencontre du poids lourd Yoangel Corto.

"Les voisins au balcon, les spectateurs dans les gradins scrutaient le ring, tapis blanc élimé sous un abri de tôle, quatre rangées de cordes sombres. De jeunes boxeurs dépareillés, musculeux, s'échauffaient face au mur."

La description de Cuba est prenante et la narration au jour le jour des évènements vécu par le héros s'apparente au carnet de voyage. Les phrases sont succintes et se succèdent hâtivement, telles des images fugitives, des sensations marquantes et instantanées.

"Pinar del Río était noyé de poussière. Les gens vagabondaient au long des hauts trottoirs, les villas coloniales, piliers de pierre rainurés, frontons aux stucs défraîchis, étaient arrimées par un maillage dense, anarchique, lignes du téléphone et câbles électriques."

L'atmosphère de "Mal tiempo" est agréable, divertissante et le roman se lit très facilement. Par contre les amateurs de boxe risquent d'être déçus car il y a peu de combats. La première compétition débute à mi-roman et Fauquemberg ne s'étend pas du tout en détails.

"Acculé dans les cordes, Yoangel semblait débordé par la furie soudaine, un uppercut aux côtes l'a fait baisser sa garde, et Danger l'a cueilli d'un crochet au visage."

Le périple du héros qui s'égare dans les villes, hors des rings, est le principal sujet du livre. Fauquemberg décrit des anecdotes journalières, comme une discussion avec un chauffeur de taxi ou la rencontre sur la route de nuées de crabes noirs. Et on se laisse tendrement bercer par ses voyages.

"Jackson a vacillé, il a tendu le bras pour s'agripper aux cordes. Il perdrait, mais debout. La cloche a mis fin au calvaire."

Les rares moments de boxe sont appréciables, mais le fond du livre, c'est le personnage de Corto. Mystérieux, solitaire et différent, il attise la curiosité et l'admiration du héros, tout en échappant à tout contrôle. Mais à force de n'avoir aucune emprise sur ce personnage, ce dernier risque même d'échapper au lecteur. Et avec lui pourrait s'envoler le fil conducteur ténu du roman.

"Yoangel a jeté le sable. Il s'est frotté les mains, il les a essuyées sur son pantalon blanc. Le murmure triste du ressac paraissait compatir aux accents de sa voix."

"Mal tiempo", parcemé de moments poétiques et de confessions en demi-teinte touchantes, est un récit dramatique agréable mais qui ne peut rivaliser avec le chef-d'œuvre poignant de F.X.Toole "Coup pour coup".

R.P.



12/10/2011
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