Contre-critique

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"Mangez-le si vous voulez" de J. Teulé

 

"Mangez-le si vous voulez" de Jean Teulé.

 

"Des paysants qui se retournent le saluent, se poussent pour le laisser passer. La foule se fend, s'ouvre en courbe. Vu du ciel, on dirait un sourire. Il entre, la bouche se referme derrière lui."

S'appuyant sur un fait divers cruel et incompréhensible, Jean Teulé nous raconte en détail cette macabre journée aoutienne de 1870, lors de laquelle l'innocent Alain de Monéys trouva la mort.

Au départ tout est paisible, on découvre l'altruisme d'Alain, son cocon familial avec ses parents puis, après son arrivée à la foire de Hautefaye, tout bascule. Alors qu'il prend la défense d'un autre, Alain est accusé à tort et lynché, malgré la volonté de quelques uns pour stopper le massacre.

"Son analyse pessimiste de la situation provoque l'indignation. Un âne brait. Les porcs cognent du groin contre les planches. Deux hommes, en tablier de cuir et armés d'un aiguillon, piquent un veau."

Le meurtre d'Alain est d'autant plus sordide qu'il n'est pas réalisé prestement. Après 30 pages, le calvaire d'Alain débute et durera 70 pages. Ce qui est énorme vu que le livre en fait 130. On suit alors, avec précision, les diverses tortures infligés à un homme innocent par chacun des individus composant la foule. Alain ne cherche qu'à faire le bien, il a d'ailleurs été élu adjoint au maire de Beaussac par ces mêmes gens qui le mettent à mort sans raison.

"Lamongie pince la première phalange du gros orteil du pied droit et tire comme pour arracher un clou.Il tombe en arrière avec la phalange dans sa pince. Alain hurle !... La foule rit."

Cela se passe sous le règne de Napoléon III, tandis que la progression des Prussiens en France affole le peuple et le met en colère. Teulé nous remémore la folie qui peut animer la foule. Sous le coup de l'indignation et galvanisé par le nombre, l'Homme peut être amené à commettre l'irréparable. Galvanisé par ses semblables, il peut agir sans utiliser ses capacités intellectuelles, mais simplement pour satisfaire l'ensemble et s'y fondre. Le petit Thibassou sera un bel exemple de malveillance infantile. Ses actes sont glaçants.

"Ô le souvenir des frais instants de paix profonde de sa vie plutôt confortable d'avant. Mais, devenu ange hors d'usage, il poursuit, tiré par les chevilles, sa montée vers le foirail. Le meurtre que la foule s'apprête à commettre est un cri d'amour adressé à la France."

La description des sévices satisfera les curiosités les plus morbides. Pour les autres, l'auteur ne se départ pas de son sens de l'humour aiguisé, ni d'une romance sous-jacente qui évite habilement l'aspect fleur bleue.

Pour ceux qui connaissent l'auteur on ne peut que leur recommander ce cinglant "Mangez-le si vous voulez", et pour ceux qui ne connaissent pas l'écriture singulière de Teulé, ce court roman constituera une parfaite entrée en matière.

R.P.



25/09/2012
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