Contre-critique

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"Morte saison" de J. Ketchum

 

"Morte saison" de Jack Ketchum.

 

"C'était la puanteur et pas ces minuscules yeux étrangers -suffisamment horribles à eux seuls- qui les  avaient fait se réfugier dans le véhicule climatisé. L'odeur, reconnaissable entre mille, du charognard,  qui puait la mort."

"Morte saison", le premier roman de Ketchum, est une plongée d'une nuit dans l'horreur anthropophage. Il révèle l'histoire d'un groupe de personnes qui, ayant quitté New-York pour passer des vacances dans un coin reculé du Maine, se retrouve confronté à une famille de tueurs.

Ce postulat de départ est aujourd'hui très -voire trop- courant, et le début du roman, très classique dans son style n'est pas tellement accrocheur. Par contre arrivé au soir du 13 septembre 1981, le récit s'emballe, on entre brutalement dans l'action et les péripéties vont s'enchaîner sans temps mort jusqu'à la fin.

"Etrange la façon dont le sexe prend toute la place quand votre vie est vide."

La force de Ketchum réside dans une écriture qui passe du point de vue d'un personnage à un autre tout en gardant l'emploi de la troisième personne du singulier. De fait on est tour à tour dans la tête de chaque personnage.

Même si le texte de "Morte saison" a été censuré par l'éditeur, Ketchum est incroyablement cru dans sa manière d'aborder la violence et le sexe.

"La bouche bloquée en un sourire tordu, l'homme mince avec le crucifix sortit sa bite en les regardant  et commença à se masturber contre la maison."

"Elle avait joui la première fois quand il avait enfoncé ses doigts en elle, le pouce taquinant son  clitoris."

Son livre est une montée en puissance qui démarre lentement et calmement pour tendre vers l'acte orgasmique avant d'éclater dans l'apothéose d'un enchainement de meurtres et de mutilations.

"Avec son couteau, il ouvrit l'homme de l'anus au sternum, puis il se pencha et commença à manger  le foie."

Le carnage que Ketchum décrit à merveille -et qui en rebutera plus d'un à n'en pas douter- ne l'empêche pas de développer l'aspect psychologique et les tourments de chaque protagoniste.

"Pour la première fois depuis longtemps, Nick se sentait de nouveau en proie à la jalousie. Un  sentiment que, tel un vieil ami, il avait du mal à reconnaître..."

Le grand plaisir de lecture vient aussi de la façon dont Ketchum ménage son suspense. Bien que l'on sache que le massacre va avoir lieu, on ne devine pas quand précisément il arrivera, ni de quelle manière. De plus les héros ne sont pas ceux que l'on croit, car le roman ne livre aucun gagnant, les évènements arrivent et c'est ainsi, on survit ou meurt sans logique.

"Morte saison" se lit facilement et agréablement tout en mêlant plaisir et répugnance, un roman choc parfaitement maîtrisé, qui ravira les fans de récit d'horreur et les autres avec son message à la noirceur jusqu'au boutiste, et qui se termine par une phrase magistrale et poétique qui transpire le cauchemar que l'on vient de vivre:

"Des poteaux en bois transperçaient les câbles, comme de sombres coups de poignard dans la chair du  matin."

A découvrir si les cauchemars éveillés vous tentent ! Sinon privilégiez "Une fille comme les autres" récit éprouvant mais moins sanglant.

R.P.



17/11/2010
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