Contre-critique

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"Oreiller d'herbes" de Sôseki Natsume

"Oreiller d'herbes" de Sôseki Natsume.

 

"Tout artiste est précieux car il apaise le monde humain et enrichit le cœur des hommes."

Sôseki se livre complètement à son lecteur dans ce roman qui fleurte avec la poésie et le haïku.

Le narrateur écrit ses pensées en tant que peintre qui part à l'aventure, et ses idées semblent se confondre avec celles de l'auteur. Et le récit de cet homme, qui gravit des sentiers de montagnes, s'arrête dans une auberge et rencontre une galerie de personnages, est entrecoupé par ses propres réflexions poétiques.

"A peine avais-je remarqué que des nuages indécis, suspendus au-dessus de ma tête, que le ciel noircissait et qu'un océan de nuages déferlait de tous côtés, la pluie printanière commençant à tomber doucement."

Le narrateur nous fait voyager en nous immisçant dans sa tête et en nous contant sa quête intérieure tout en contemplant les paysages et personnes qui s'offrent à son parcours. Du coup "Oreiller d'herbes" s'adresse directement à ceux qui aiment la nature et qui sont curieux de l'art.

"Et si, dans ce nombre dissuasif d'adjectifs, je choisissais ceux qui conviennent le mieux pour décrire cette femme qui se trouve à trois pas de moi, le buste penché, et qui me regarde à la dérobée et me surprend, non sans plaisir, dans un état de grande perplexité, je me demande bien à quel chiffre je parviendrais."

Les amoureux de la littérature devraient être comblés avec ce roman avant-gardiste japonais datant de 1906, et qui pourtant n'a pas du tout vieilli après un siècle. C'est une œuvre intemporelle qui titille la sensibilité et la vision artistique que chacun peut porter sur le monde.

"La moindre de mes réflexions me ferait sombrer dans l'hérésie. Mes moindres mouvements sont dangereux. Si possible, je ne veux pas respirer avec le nez. J'aimerais passer quelque deux semaines, immobile comme une plante..."

Le narrateur est en quête d'impassibilité. Il recherche le "beau" artistique, et tend à la véritable poésie de ce qui l'entoure. Une prise de conscience est inconditionnellement nécessaire à celui qui veut être artiste.

"J'ai l'impression de sombrer au fond du ciel empourpré, à l'aube, sous les étoiles étincelantes du printemps."

Sôseki accomplit ici une prouesse, en réussissant à mettre en mot des impressions profondes et floues qui se rapportent à sa vision de l'art. Il confronte également l'occident et l'orient dans leur rapport à l'art.

Emprunt de références culturelles, de haïkus et de moments magiques de pure poésie, "Oreiller d'herbes" ravira tous les amoureux de la nature et de la poésie, et apportera matière à débat à ceux qui ne partagent pas le point de vue de l'auteur. A lire !

R.P.



06/07/2011
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