Contre-critique

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"Orphelins de Dieu" de M. Biancarelli

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"Orphelins de Dieu" de Marc Biancarelli.

 

"Parfois la femme s'arrêtait, scrutant les buissons, observant les rochers recouverts d'humus. Ses yeux injectés de haine sillonnaient la végétation épaisse et nul n'aurait pu dire ce qu'elle regardait exactement."

 Dans une langue parfaitement maîtrisée et sèche, l'auteur nous mène à la rencontre de l'Infernu, un dangereux tueur de soixante ans, dont la tête est mise à prix, et qui voudrait prendre sa retraite si seulement il possédait une somme financière suffisante. C'est alors que Vénérande, une jeune femme déterminée, vient lui réclamer la mort de quatre individus, ce qui pourrait bien lui apporter l'argent nécessaire à sa tranquillité future.

Comme on peut s'en douter, l'Infernu acceptera la proposition de Vénérande, dont le frère a été injustement mutilé. D'ailleurs le troisième chapitre, narrant la rencontre du frère et des quatre diaboliques personnages, au milieu des brebis, est excellent. L'ambiance de western cruel y bat son plein.

"La matrone était la plus virulente, car l'homme, lui, était à genoux et suppliait que l'on s'en aille de son établissement. Capitaine Martini passa à sa hauteur et lui déchargea un pistolet dans la nuque. Puis la grosse femme fut traînée dans l'arrière-salle où deux hommes l'enculèrent à tour de rôle avant de lui mettre les pieds dans le four..."

La violence, voire la sauvagerie habite ce roman qui s'avère une compilation de méfaits et de courses-poursuites à cheval. L'action est très présente, vu qu'on suit en parallèle de la négociation et de la traque présente menée par Vénérande et l'Infernu contre les Santa Lucia, le passé du jeune Ange Colomba, tandis qu'il devient l'Infernu, accompagné de sa bande de malfrats. On découvre ainsi Poli, Antomarchi et les autres (certains ont réellement existé), des hommes qui s'apparentent à des tueurs sans scrupules, prêts à faire des kilomètres pour venger une banale humiliation subie lors d'une rixe. La trame des "Orphelins de Dieux" se révèle donc d'une simplicité élémentaire et ne comporte pas de réels rebondissements. On se contente de suivre les exactions des protagonistes, sorte de double chasse à l'homme, alternant celle passée et celle présente.

L'intérêt du roman ne se situe donc pas dans le scénario, mais plutôt dans l'écriture qui est aussi riche que virulente. On sent que l'auteur s'inspire de la nature, rendant vivantes les régions traversées - qui malgré tout se confondent entre Corse, Toscane, Sardaigne et autres lieux indéterminés qui rappellent ceux de Cormac McCarthy - et qu'il peuple de personnages hors du commun et pourtant réalistes, la crudité des mots ou de l'action amenant beaucoup de crédibilité à son récit.

"Bien, se dit-il, il ne restait plus qu'à attendre patiemment que l'olibrius en eût fini avec les agapes, et il pourrait le cueillir lorsqu'il s'en rentrerait par les sentiers, sans doute à moitié titubant. Il poussa son cheval jusqu'à un buisson d'où il pouvait garder un œil sur les convives et l'avorton qui faisait l'objet de son attention."

 Les personnages se reconnaissent dans les vers de Dante et sont le reflet de ce que le monde a engendré. Pourtant, et bien que les pensées des protagonistes soient élaborées, il n'y a pas de philosophie ou de réflexion poussée sur la condition humaine. Exceptée la toute fin qui dénonce les atrocités de la guerre entre les personnages centraux, les Bleus et les voltigeurs. On demeure donc au premier degré du déchaînement de violence dont un individu peut faire preuve, sans pénétrer excessivement dans la cause d'un tel comportement, et en se limitant sur l'ensemble au simple constat de faits. Pour ma part cela n'est pas un défaut, plutôt un parti pris ; pourtant difficile de croire que la presse et les érudits littéraires, dithyrambiques à propos du roman, aient réellement pu apprécier un livre qui étale la violence sans la décortiquer ni lui apporter une réflexion digne de ce nom. À croire que les médias n'ont tout simplement pas lu "Orphelins de Dieu" dans son intégralité. Honte à eux et tant mieux pour l'auteur qui possède une plume très aiguisée. Mais, rappelons-le, il a écrit ici une œuvre de genre, très codifiée, et qui risque de ne ravir que les fans de polar ou de roman d'action. Avis aux amateurs !

R.P.



15/11/2014
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