Contre-critique

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"Pop et Kok" de J. Péluchon

 

"Pop et Kok" de Julien Péluchon.

 

"Au niveau d'Orléans, Kok avait regardé à l'arrière de la voiture et l'avait vu, comme peu de gens restés en vie avaient pu le voir. Le Souffle ressemblait à une chevauchée sauvage, une chevauchée de l'enfer. Un nuage bleu roi, onctueusement ourlé, rampait à toute vitesse sur la plate campagne, dans un faible ronronnement de chat."

L'histoire débute en l'an 2185, alors qu'un Souffle bleu a ravagé la planète. Ne laissant derrière lui que des zombies, des barbares, des "aurivergistes" (adorateurs de verge dorée, le Dieu du Souffle) et deux amis : Pop Ramírez et Kok. Tous deux vivent à Rouen, optimistes parmi les ruines de l'ancienne civilisation. Ils se prétendent entrepreneurs et tentent régulièrement d'exploiter leur bonnes idées pour faire commerce. Malgré tout, ils subissent chaque fois de sérieuses déconvenues et ont chacun une vie de couple malchanceuse.

La bonne idée de "Pop et Kok" c'est de prendre le scénario catastrophe à contre-pied. Point de rythme haletant et de situations anxiogènes ; les zombies ne sont pas effrayants mais plutôt misérables, exploités (au sein d'usines) et attachants. L'apocalypse n'est pas effrayante non plus, mais presque absurde et dérisoire. Nos deux héros ne sont pas des guerriers, au contraire : Kok est lâche et suicidaire, le dernier membre de sa famille est un zombie (sorte d'animal de compagnie inutile avec un fond d'humanité) et il finira en fauteuil, quant à Pop, il se marie à une fille qu'il n'aime pas (sorte de lutteuse poid lourd), va régulièrement voir un chamane pour savoir comment réussir sa vie et s'enfume de jusquiame hallucinogène.

"Ils eussent pu être artistes ou poètes, ils étaient entrepreneurs et se considéraient, sans doute avec infiniment de prétention, comme la nouvelle génération qui allait redonner au pays le sens du progrès et de la civilisation, sans avoir besoin d'en appeler à la religion idiote d'un Dieu qu'ils tenaient pour grotesque."

Que penser de ce que raconte le roman, si ce n'est que la religion (voire la secte), aussi farfelue qu'elle soit, est bénéfique pour l'humanité ? Car finalement, nos deux héros échouent lamentablement, là où les "aurivergistes" réussissent. Pop va d'ailleurs tomber amoureux de l'une d'elle et, manipulé, il va finir par admirer leur construction (tandis que celles de son ami Kok, en toile, sont dérisoires), et il va même tenter de pénétrer dans leur camp pour revoir sa bien-aimée mais il se fera éjecter aussi sec. Pop et Kok se moquent de la religion mais nous prouvent qu'il ne peuvent pas s'en sortir seuls ; Pourquoi faire transparaître un tel message dans le roman, et l'auteur en est-il conscient ?

"C'est évident que je m'ennuie. L'amour pour moi s'est toujours déroulé en trois phases fatales : découverte, habitude, lassitude. Et c'est fini. Chaque fois que je me suis mis à vivre avec une femme, je me suis retrouvé un jour à me dire sur ma natte : Pop ce que tu t'emmerdes, au fond. Demain tu la quittes."

Le problème majeur de ce roman réside dans la simplicité de ces personnages. On s'étonne en effet que ni Pop, ni Kok ne s'interrogent sur le monde qui les entoure. Ils n'analysent pas (ou trop peu) les situations qu'ils traversent. Par exemple, pourquoi Pop se lasse de ses relations amoureuses ? Pourquoi le Souffle tue-t-il, et d'où vient-il ? Kok a pourtant vu ses parents mourir sous ses yeux, mais il ne s'intéresse pas au phénomène et ne cherche pas à le comprendre. Les deux amis vont même jusqu'à habiter sur ce qui semblerait être le cratère à l'origine du Souffle, sans jamais se méfier d'un danger, même hypothétique. Ils pèchent des poissons mutants et s'en nourrissent, sans crainte aucune pour leur santé, mais sans non plus le faire délibérément. Ces protagonistes ne sont pourtant pas limités mentalement, puisqu'ils ont des idées et cherchent à créer des entreprises. Mais alors pourquoi agissent-ils aussi stupidement parfois ? De tels choix demeurent obscures, voire incompréhensibles.

Autre maladresse du roman, l'écriture en elle-même. Alors que "Pop et Kok" s'ouvrait admirablement, on fini par se lasser de cette écriture qui privilégie des mots de plus en plus simples et des images presque enfantines lors de descriptions :

"À une dizaine de kilomètres dans les terres, poussait un véritable lac de mousse, une sorte de moquette géante, rouge et bleu, molle et qui sentait les pieds."

Le roman s'adresse-t-il aux adolescents ? Est-il ouvertement humoristique dans sa naïveté ? Péluchon ne prend pas parti clairement ni de manière tranchée et son livre peine à sortir de la platitude de sa narration. Une lecture anodine donc, qu'on a hâte de terminer malgré les bonnes idées de départ.

R.P.



02/12/2012
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