Contre-critique

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"Stairways to hell" de T. Day

 

 

"Stairways to hell" de Thomas Day.

 

"Avant d'arriver en prison je pensais qu'en milieu carcéral les mecs en violaient d'autres pour avoir un semblant de sexualité, un minimum de plaisir. Mais c'est tout autre chose."

Ce recueil de Day nous surprend comme une claque dès les premières pages et ne nous lâche plus. Comparé à ses récents écrits, "Stairways to hell" est beaucoup plus trash, vulgaire et immodéré. Mais c'est une bonne nouvelle car on y trouve toute la fougue, toute la rage révolutionnaire d'une œuvre de jeunesse aboutie.

"C'est plus ou moins le chef-violeur des Black Panthers locales. Une saloperie de musulman, de ceux qui arrachent leur clitoris aux petites filles. Une vrai montagne de barbaque montée sur bite de cheval. S'il me chope et me retourne, je vais chier du sang pendant un mois..."

Le langage utilisé par les narrateurs successifs, très grossier et extrême dans l'expression des idées, pourra en rebuter certains. Quoi qu'il en soit ce n'est pas un livre à mettre en toutes les mains. Mais passé ce premier stade, "Stairways to hell" se révèle trois histoires distinctes et prenantes qui abordent le mal-être, la solitude, l'amour, la redemption et la déchéance.

"- parce que je suis comme mon père, la haine chevillée aux tripes, comme une mauvaise chiasse dont on ne peut pas se débarrasser."

Il ne faut surtout pas se fier à la couverture du livre, dont le graphisme est digne d'une BD adolescente indigeste ; ce recueil est résolument adulte. Sa construction est mature et les récits réservent tous leurs rebondissements.

"Il retrousse sa manche poisseuse de sang et regarde les dizaines de marques qu'ont laissé les injections, comme du code morse, en relief, le long des veines devenues brunes..."

La première histoire "Extermination highway" est celle de Thomas - comme dans les deux autres d'ailleurs - qui va tenter de survivre au milieu carcéral et à ses clans racistes et dangereux pour ensuite tenter une reconversion dans la vie active, tandis qu'au fond de lui se cache la vision des loups de l'Extermination highway.

Le second matérialise la vie d'un homme qui s'éloigne de son cocon conjugal et glisse peu à peu vers le milieu transgressif et underground des catacombes parisiens ou il noue une relation avec la diabolique Maneki Neko. Day en profite pour concevoir la clavicule d'Azazel, une drogue qui permet de voyager dans l'autre monde.

"La haine de la femme, créature incomplète, blessée à l'entrejambe et qui saigne à chaque lune pour que l'homme ait conscience de sa nature inaboutie."

Le troisième et dernier récit, le plus long bien que les trois s'équilibrent, narre la venue sur Nice de Thomas, un écrivain au succès unique qui descend accompagné de sa copine pour l'enterrement de son frère. Ce dernier était le préféré de la famille, et Thomas, qui n'aime pas sa compagne, entend une voix dans sa tête.

"Elle pose pour que le chauffeur la voit à l'ouvrage, faisant une pipe d'enfer à un mec gêné. Les yeux grands ouverts..."

Thomas Day parle ici de violence, de sexe, de prison, de drogue avec une crudité frappante. Ses textes sont sans retenue et sans tabou ; il crache au lecteur son côté sombre, se libère de ses mauvaises pensées dans un éclaboussement nauséeux. Le résultat est sale et sauvage mais aussi fascinant de brutalité littéraire.

"Baiser avec Karen, maintenant, s'apparente peu ou prou à mettre une saucisse dans un bout de pain badigeonné de moutarde. Nous ne faisons pas l'amour, nous ratons des hot dog."

Le livre est une descente aux enfer. Trois nouvelles qui passent de la rédemption à la transgression pour finir par la damnation de ses héros. Héros qui ne semblent être qu'une seule et même personne ; l'esprit torturé de l'auteur.

L'écriture de Day est forte, très imagée et se rapproche, notamment dans Punishment park, de celle de W.S. Burroughs pour son imaginaire débridé et son addiction à la drogue.

"L'endroit est telle une plaie ouverte à même le flanc d'un glacier, d'une lividité unanime, agressive."

Day ose dévoiler ses pulsions malsaines et déviantes comme il ne pourra plus le faire par la suite et c'est admirable. Un recueil naviguant entre réel et fantastique, qui demeure agressif et sensoriel ; un véritable cauchemar de l'expérience humaine. A lire.

R.P.



06/09/2011
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