Contre-critique

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"Tribulations avec mon singe" de K. Machida

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"Tribulations avec mon singe" de Ko Machida.

 

""Sortons ensemble un de ces quatre, on prendra un pot. Je te rappelle." Bien beau tout ça ! N'empêche que le type au bout du fil je le sentais mourir d'envie de raccrocher comme si un besoin de pisser le prenait à la gorge, et je n'avais plus qu'à laisser tomber."

Dès les toutes premières pages, on est captivé par ce "Tribulations avec mon singe" qui s'annonce encore plus réjouissant que "Charivari". Le personnage central, nommé Sashi, s'avère encore plus irrévérencieux et caustique. Toujours écrit à la première personne du singulier, ce roman trouve des correspondances avec le précédent, que ce soit dans l'humour, le désespoir du narrateur, ou sa manière si particulière de réagir. Cette fois le lecteur à droit à un homme qui s'est fait quitter par sa femme, qui ne trouve pas d'emploi dans son domaine - il est scénariste - et qui est sommé de quitter son domicile par son beau-père et propriétaire.

Les calamités s'acharnent sur le pauvre Sashi, tout comme les insectes grouillent dans son appartement, quand ce n'est pas son jardin qui est pris pour une décharge par les passants. Pourtant la visite de Kajiyama et l'espoir d'un emploi lucratif pourrait lui faire remonter la pente.

"Bref, voilà que je cogitais, tout en cherchant à tâtons l'interrupteur, que j'ai fini par rencontrer. Niveau triple bouhâââh ! Une meute de plusieurs dizaines de féroces cannibales ailés s'agglutinait, grouillante et reniflante, le long du chambranle de bois de la fenêtre."

Comme dans "Charivari" le héros va jouer de malchance et même se faire tabasser sans véritable raison, et sans jamais parvenir à ses fins. Le roman alterne également entre instant comique, drame du quotidien et évènements aussi absurdes qu'inattendus. D'ailleurs l'absurde s'empare peu à peu du roman, et les déambulations de Sashi prennent des allures d'épopée sans queue ni tête.

"Là il y va fort alors ! Soi-disant que monsieur avait à remplir de la paperasserie ou je ne sais quoi ! J'en vois des vertes et des pas mûres à cause de toi, infâme ancêtre, et t'es bien tranquille en train de t'amuser !... Dans ma rage, j'ai été tenté un bref instant de l'assommer mais je me suis retenu."

Malheureusement, une fois que le héros termine son étrange séjour chez Tajima, personnage aussi inquiétant qu'intriguant, le roman devient du grand n'importe quoi. À force de voir les évènements invraisemblables s'enchaîner on finit par se demander où tout cela veut en venir, pourtant la fin n'apporte aucune réponse et déçoit franchement. À croire que Ko Machida s'est perdu lui-même à force de tergiverser.

Finalement, on comprend pourquoi le roman s'intitule "Tribulations avec mon singe" mais sa fin en eau de boudin gâche le plaisir de départ. Dommage donc, que l'auteur est bâclé sa chute, car la lecture aurait pu devenir mémorable. Cela demeure anecdotique mais tout de même plaisant.

R.P.



22/05/2014
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