Contre-critique

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"Un amour impossible" de C. Angot

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"Un amour impossible" de Christine Angot.

 

"Je suis un garçon malheureux, tu sais Rachel. Je suis quelqu'un de seul. Je n'ai aucun ami. Tout le monde m'a rejeté. Autour de moi c'était la meute, tu comprends, la meute, et moi, isolé, au milieu..."

Ne tergiversons pas, l'autofiction, voire l'autobiographie, est au cœur de l'écriture de ce roman de Christine Angot. Pourtant cela n'intervient pas en premier lieu. On découvre d'abord la romance entre Rachel Schwartz et Pierre, les parents ; une histoire d'amour étrange car Pierre met Rachel enceinte, lui affirme qu'il l'aime, mais refuse de l'épouser et passe finalement très peu de temps avec elle, mettant sa priorité ailleurs. Même lorsque l'enfant né - il s'agit de Christine, une petite fille semblable à la romancière - le père ne revient pas immédiatement. Qui est véritablement Pierre, et où cette histoire va-t-elle menée Rachel et Christine ?

L'écriture de la romancière est simple et efficace, sans posséder un véritable style. L'intérêt réside davantage dans le contenu de l'histoire, plaisant à suivre et qui devient effrayant et dérangeant dans la deuxième moitié.

"Qu'aurait-elle fait là-bas, seule avec moi dans une petite chambre, avec lui qui serait venu la voir de temps en temps, sans la présenter à ses parents, sans l'épouser, sans lui offrir aucune stabilité, aucune protection, aucun environnement social, alors qu'elle aurait été dans un lieu inconnu, sans aide, sans soutien ?"

Le passage où Rachel et sa fille Christine vivent seule, loin de Pierre, s'avère émouvant. On sent véritablement le lien qui unit Christine à sa mère, à travers de petits détails et des dialogues touchants. Et la romancière parvient à faire adroitement renaître l'amour qui l'habitait alors. Et, sans pointer un jugement sur les personnages, le lecteur peut tout de même penser que le père est un salaud, puisqu'il refuse de reconnaître son enfant, qu'il fait souffrir Rachel et lui oppose parfois des arguments dégradants. Il semble se délester de ses responsabilités malgré ses belles paroles. La confrontation qui s'ensuit, entre l'intérêt que porte Christine à son père plutôt qu'à sa mère, est également très perspicace. Alors forcément, lorsque Pierre se rapproche de Christine, la relation qui se noue entre eux et la révélation qui en découle dérange. Mais l'inceste n'est pas abordé directement. La romancière s'attelle à raconter les perturbations des suites de ce fait atroce. La vie gâchée, la relation à la mère qui se dégrade irrémédiablement, même après l'absence du père.

La seconde partie du roman devient pour le coup bien plus intéressante et poignante que le début ; il faut donc lire "L'amour impossible" dans son intégralité pour l'apprécier et réaliser le drame de la situation qu'il décrit. D'autant que la fin prend un tournant totalement surprenant. La romancière analyse le parcours de son père et en tire un constat qui vire à la conspiration. Il est très intéressant de constater le cheminement de pensée de la romancière et de voir comment elle s'explique la situation, bien qu'il soit difficile de croire qu'un homme puisse être aussi pervers et machiavélique - ce qui rapprocherait peut-être les propos de Christine vers une tendance à la paranoïa - mais la subjectivité de cet avis ne doit en aucun cas offenser celle qui pense condamner cette hallucinante conjuration à l'encontre de sa nature religieuse qui, si elle se révélait véridique, serait hautement condamnable.

R.P.



31/10/2016
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