Contre-critique

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"Waiting period" de H. Selby Jr

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"Waiting period" de Hubert Selby Jr

 

"Et si vous n'y arrivez pas au boulot alors faites-le chez vous. C'est ça qui est beau dans le fait d'avoir une famille. Une femme à gifler, des gamins à punir et fouetter. On dirait que la seule raison pour laquelle les gens se marient c'est pour avoir quelqu'un à maltraiter en privé, à l'abri des regards."

Un homme, dont on apprendra que peu de choses, veut en finir avec sa propre vie. Il décide alors, après quelques hypothèses selon la méthode à employer pour y parvenir, de s'acheter un pistolet. Mais un bug informatique va retarder l'échéance. Durant cette période d'attente, notre héros reconsidère son projet et s'apprête à tuer quelqu'un d'autre.

Dernier roman du célèbre Hubert Selby Jr, ce "Waiting period" vaut plus pour son écriture que pour son scénario. L'histoire n'est pas extraordinaire, même si elle n'est pas commune non plus, mais c'est la logorrhée de son héros qui subjugue. Sans vraiment parler de narrateur, le texte à la première du singulier retranscrit à merveille la pensée de son héros. Son imagination nous abreuve de paroles avec délice. On vit littéralement dans la tête du héros. Tout y est depuis sa sujectivité, excepté quelques courts paragraphes en italique. Ces derniers d'ailleurs semblent émaner de Dieu.

"Regarde... regarde à présent les étoiles dans le ciel, ne te semblent-elles pas plus brillantes, ne serait-ce qu'un peu ? Les bénédictions de la nuit t'accompagnent, mon fils. En vérité je vous le dis tu réussiras dans toutes les actions que tu commettras en mon nom."

"Waiting period" n'est pas aussi choquant que certains des précédents écrits de l'auteur. Malgré quelques idées provocantes, ce livre n'est pas aussi violent que ceux qui ont fait la réputation sulfureuse de Selby Jr. Les meurtres perpétrés par le héros ne sont pas perturbants pour le lecteur puisqu'ils sont vécus depuis l'intérieur de son crâne et qu'ils sont majoritairement des empoisonnements.

La réflexion sur le droit de vie et de mort de chacun sur sa propre personne est habilement remis en cause, tout comme les dangers d'une société qui met à l'écart ses individus, car l'homme isolé mais qui a accès au monde entier peut sombrer dans une spirale destructrice.

"Ce fils de pute est devant le buffet comme si de rien était. Se doute de rien l'enfoiré. Qu'est-ce qu'il en a à battre de tous ces gens qu'il bousille. Rien à foutre. Eh bien tu vas devoir réfléchir à tout ça, ordure, parce que là c'est ton dernier repas..."

Un roman au verbe est cru, où les idées passent du coq à l'âne et où les émotions fusent, car tantôt enragé tantôt fragile, son personnage principal y cherche, avec turbulences, la raison de son existence. À découvrir.

R.P.



17/12/2013
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