Contre-critique

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"Celle que vous croyez" de C. Laurens

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"Celle que vous croyez" de Camille Laurens.

 

"Bref, cela pour dire que je ne pouvais absolument pas prévoir ce qui s'est passé ensuite. Quand j'ai créé ma fausse page Facebook, Chris n'était pour moi qu'un parasite, un profiteur misogyne et grossier, un ennemi dans mon rapport vacillant à Jo. Je ne pensais même pas à communiquer avec lui, je voulais juste avoir accès aux actualités de Jo, par ricochet." 

Évidemment lorsqu'on débute un livre de cette manière, on sait captiver son lecteur. D'abord une déposition à la gendarmerie nationale sous couvert de brûlot pour dénoncer le regard qu'on porte sur les femmes vieillissantes, avec Macron et Moscovici en exemple. Ensuite une confession chez le psy qui s'entame avec une référence faite aux "Fausses confidences" de Marivaux, et c'est juste jouissif. On sent d'emblée que Claire Millecam, ce personnage qui s'est inventé un faux compte Facebook pour espionner son Jo, nous réserve des surprises.

L'écriture est vive et fluide, telle une mélopée virtuose, et elle séduit et offre une réflexion tout en demeurant intarissable. On dévore ainsi les pages qui se lisent sans accroc et sans ennuie. Le flot s'avère aussi abondant que varié et nous entraîne tête la première dans son sillage, du moins au départ.

"Il s'obstine à vouloir m'expliquer que le désir et l'amour, ce n'est pas pareil. Le désir veut conquérir et l'amour veut retenir, dit-il. Le désir, dit-il, c'est d'avoir quelque chose à gagner, et l'amour quelque chose à perdre."

L'histoire qui se joue entre Chris et Claire Antunès se déroule sur plusieurs tableaux, une confession au psy, un essai de roman et une lettre, tandis que l'auteur instille une mystérieuse Camille, une homonyme qui animerait un atelier d'écriture, un peu à la manière d'Hitchcock qui figurait dans ses propres œuvres. Pourtant la multiplication des couches de lectures ne parvient pas à donner le vertige et ressemble davantage à une suite d'hypothèses variées, un palimpseste dont on lirait chaque couche. D'autant plus lorsque Camille elle-même, la romancière, se substitue au personnage central. Dès lors, la tournure - disons la reprise - des événements devient réellement anecdotique et superfétatoire. Au fur et à mesure des rebondissements, la fougue du départ se dissipe et un récit de midinette semble s'installer, ce qui est vraiment dommage. La révoltée des premières pages se révèle d'une faiblesse et d'une candeur désolante. Comment peut-elle se laisser prendre au piège par Christophe et déprimer ainsi dans la maison de vacances du cap Blanc-Nez ? Et toute l'intelligence et la hauteur du niveau de réflexion s'évanouit totalement, et toutes les références littéraires ponctuelles n'y changeront rien. Tout commençait si bien qu'on est vraiment déçu de constater ce changement radical, presque niais de la deuxième moitié. Heureusement à la toute fin, l'épilogue se permet une pirouette facétieuse, mais pas de quoi éblouir.

R.P.



19/09/2016
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