Contre-critique

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"Corpus Christine" de M. Monnehay

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"Corpus Christine" de Max Monnehay.

 

"J'ai presque honte de rapporter pareilles humiliations, mais il me semble que si je passe sous silence ne serait-ce que le détail le plus insignifiant de cette sale affaire, on ne me croira plus."

Un homme d'une trentaine d'années est reclus depuis trois ans, séquestré par sa femme dans son propre appartement, où il vit couché, affamé et délaissé, et ne pesant plus que 42 kg.

Alors que notre héros filait le parfait amour avec sa femme, il ne tardera pas à découvrir qu'elle n'est pas celle qu'elle prétendait être, le jour où elle accepta de devenir mère alors que, tout comme lui, elle avait horreur des enfants.

"Le doute est un sale petit reptile, une simple morsure au doigt et c'est votre pauvre carcasse entière qui y passe."

L'écriture de Monnehay est un régal de jeux de mots et de tournures de phrases aussi courtes que cinglantes. On ne peut que jubiler à la lecture de la quatrième de couverture, ou au départ de ce premier roman récompensé et très accrocheur. Chaque page y est parsemée de phrases crues et choc :

"Sa vue, sa simple vue provoquait au bout des doigts une sensation irrésistible de suavité, comme la simple vue d'un con entrouvert procure une chaleur humide autour du pénis."

Monnehay ne mâche pas ses mots et devient très cynique par moment, mais elle n'oublie pas d'agrémenter ses écrits d'une petite dose de poésie et d'espoir. Tout comme lors du chapitre 8, quand elle confronte, avec un fort contraste émotionnel, la première rencontre entre le héros et sa femme et celle qu'il est en train de vivre avec elle au moment présent.

Monnehay ne se départ jamais d'un humour féroce et réussit sans peine à nous divertir. Malheureusement, la situation de son personnage principal n'évolue pas suffisamment et ce dernier, ne faisant que dégoiser, va faire perdre un peu de son accroche au roman. Heureusement que "Corpus Christine" n'est pas très long, ce qui ne laissera que peu de place au léger ennuie qu'il suscite par moments.

La narration de ce journal intime possède heureusement une chronologie fragmentée, et non linéaire, ce qui permettra au récit de rebondir lorsque l'intérêt s'essouffle.

"On va se persuader de tout ceci pour ne pas d'horreur s'arracher les yeux, pour ne pas d'impuissance s'avaler la langue. Pour ne pas devenir fou totalement."

Monnehay provoque et aguiche avec efficacité, surtout quand son narrateur s'adresse brutalement à nous et nous houspille, et c'est tant mieux, pourtant on pourra reprocher à son "Corpus Christine" de trop s'attarder sur la forme au détriment du fond, car cette histoire d'homme qui s'aime lui-même à travers sa femme aurait pu n'être qu'une nouvelle, tout comme son plus récent "Comment j’ai mis un coup de boule à JoeyStarr", ce qui n'enlève aucunement le mérite de cet auteur au féminin à découvrir.

R.P.



24/08/2013
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