Contre-critique

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"Dans la tête d'Andrew" de E.L. Doctorow

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"Dans la tête d'Andrew" de Edgar Lawrence Doctorow.

 

"Je l'ai fait toutes les deux heures cette nuit-là, jusqu'à ce que la petite cesse de pleurer et meure. Je ne savais pas qu'elle était morte, j'ai cru qu'elle s'était enfin endormie. Fatigué, je suis allé m'allonger, la tâche de veiller sur l'enfant malade m'avait été assignée car Martha était épuisée..."

Dès le départ du roman, quelqu'un nous parle d'Andrew et il s'avère que notre interlocuteur parle de lui-même. De plus Andrew, qui entend des voix, semble répondre aux questionnement d'un psychologue ; mais ne serait-ce pas encore lui-même, et Andrew n'est-il pas plongé dans un monologue intérieur ? Tout porte à le croire tant le récit d'Andrew est confus et désordonné. Car ce dernier a vraisemblablement tué le bébé qu'il avait eu avec Martha, femme qui partageait sa vie, et malgré ce drame, Andrew revient voir Martha qui s'est mariée avec quelqu'un d'autre entre-temps, un double de Boris Godounov. Andrew nous confie rapidement qu'il reste insensible face à ses inadvertances dévastatrices, puisqu'il se prétend imperméable à la culpabilité. Mais que croire dans ce récit dressé par un homme perturbé ? Et qu'est devenue son autre femme, la mystérieuse Briony, dont il déplore la disparition ? Quant à leur enfant, pourquoi le confier à Martha ? De toutes nos questions, il faudra patienter pour obtenir des réponses.

"J'ai posé la question suivante : comment puis-je penser à mon cerveau quand c'est lui qui pense à ma place ? Ce cerveau prétend donc être moi en train de penser à lui ? Désormais je ne peux me fier à personne, et encore moins à moi-même."

Les interrogations d'Andrew sont fascinantes et, en fin de premier chapitre, son désir de créer un ordinateur capable de décrypter le code de chaque cellule, le génome doué de mémoire qu'elle renferme, offre de merveilleuses possibilités. Pourtant on a du mal à se passionner pour l'ensemble. La faute à un récit très décousu (trop décousu ?) qui, à mi-roman, ne donne toujours aucune réponse. Pourtant le roman est parsemé de fulgurance et Doctorow transforme parfois son imprécision en essai dramatique touchant. Car Andrew a subit plusieurs traumatismes, dont un fœtus dans un cabinet et des victimes de l'attentat du World Trade Center. Et lorsque le récit fait sens et s'imbrique de ses diverses parties, le roman prend une tournure ambitieuse et fort plaisante. On peut imaginer que notre protagoniste a confié son bébé à Martha pour remplacer celui qu'il avait accidentellement tué - mais ce n'est qu'une supposition -, son acte l'ayant envoyé à l'asile.

Force est de constaté que ce dernier roman de Doctorow est partiellement raté. On a du mal à voir où il veut en venir avec son récit et cela gâche les moments d'éclats. Pas du tout inintéressant mais court, alambiqué et peu mémorable ; à réserver aux fans.

R.P.



11/01/2017
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