Contre-critique

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"Kafka sur le rivage" de H.Murakami

"Kafka sur le rivage" de Haruki Murakami.

Derrière ce titre énigmatique se cache un roman initiatique, poétique et cruel qui interroge la notion de destinée.

"Si nous mourons et disparaissons, c'est parce que le monde repose sur un mécanisme d'anéantissement et de perte. Nos existences ne sont rien d'autre que les ombres projetées par ce principe."

Il est question de destins croisés au sein d'un univers réel dont les frontières avec le fantastique sont dissipées.

Nous évoluons avec Kafka Tamura, jeune garçon de 15 ans fugueur, qui fuit les prédictions de son père et, en parallèle, nous découvrons Nakata, un vieil homme "pas très intelligent", qui a la faculté de parler avec les chats. Ces deux personnages vont évoluer en quête de quelque chose qui va les lier malgré eux.

La galerie de personnages que Murakami expose dans son récit est des plus intéressante. Tous sont développés et complexes, même ceux qui paraissent simplets. On découvrira entre autres Oshima, un jeune bibliothécaire élégant et cultivé, Johnnie Walken, le célèbre personnage des bouteilles de whisky, des chats, et Hoshino, un chauffeur poids lourd qui aura un rôle décisif malgré son apparition tardive dans le roman.

Les lieux ont aussi un rôle prépondérant dans "Kafka sur le rivage". On retiendra la bibliothèque et la cabane perdue aux abords d'une étrange forêt, qui auront une influence décisive sur Kafka.

"Quand l'imagination s'emballe, l'illusion enfle, finit par prendre une forme concrète, cessant d'être une simple illusion."

Le récit, complexe, est étayé de coupures de presse, ce qui lui confère un réalisme certain, tandis que, paradoxalement, il ne cesse de s'aventurer du côté de l'irréel.

Il est également bourré de métaphores et de questionnements philosophiques abordant les thèmes de l'amour, la mort, la vie, la malédiction, le destin.

"Je supervise, je m'assure que toute chose remplisse bien son rôle. Je vérifie les corrélations entre les différents mondes, afin que tout se déroule correctement. Je m'arrange pour que la conséquence vienne après la cause. Que les significations ne se mélangent pas."

Ce roman est également plein de références culturelles, Murakami, à travers ses personnages, cite Shakespeare, Tchekhov et nous parle de Beethoven et sa musique ou encore de cinéma avec notre Truffaut national.

"Convaincu que la seule chose respectable et la plus sublime en ce monde était l'art et l'expression juste des émotions, il considérait que le pouvoir ou la richesse avaient pour seule fonction de servir l'art."

La sexualité, tout comme le meurtre, est abordée de manière très crue, sans se départir d'une grande efficacité.

"Elle t'embrasse dans le cou, sa main tendue s'empare de ton pénis, déjà dur comme de la porcelaine. Ses doigts entourent doucement tes testicules ; sans rien dire, elle guide ta main vers son pubis. Son sexe est chaud et humide."

Le roman est peu prenant au début, bien qu'il laisse présager la tourmente à venir dès les premières pages, mais par la suite, on se laisse captiver par ce parcours original et métaphysique qui suscite le trouble et les interrogations par une habile métaphore de la tragédie.

"Une fois la tempête passée, tu te demanderas comment tu as fait pour la traverser, comment tu as fait pour survivre. Tu ne seras pas très sûr, en fait, qu'elle soit vraiment achevée."

A la lecture de "Kafka sur le rivage" on a l'impression d'avoir vécu quelque chose. On ne sait pas trop ce que c'était ni si l'on a toutes les réponses qui ont été soulevées, mais notre imaginaire a beaucoup travaillé, on s'est posé d'innombrables questions et notre inconscient semble avoir été touché.

Un voyage réussi donc, mais qui aurait gagné en efficacité, écourté de quelques passages.

 

R.P.

 

 

 

 

 

 



18/05/2011
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