Contre-critique

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"L'incendie de Los Angeles" de N. West

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"L'incendie de Los Angeles " de Nathanaël West.

 

"Le nain vint droit au fauteuil où Tod était assis et pendant quelques secondes Tod crut qu'il allait lui grimper sur les genoux, mais il se borna à lui demander son nom et à lui serrer la main. Le petit homme avait une poigne énergique."

Bien que ce soit le roman le plus connu de son auteur, "L'incendie de Los Angeles" n'est pourtant ni le plus surprenant, ni le plus réussi des écrits de West. Au départ on fait connaissance avec Tod Hackett, un peintre qui habite désormais Los Angeles. Tod est ami avec Abe Kusich, un nain amateur de courses hippiques et de filles faciles. Tod est également en admiration devant sa voisine d'étage, une certaine Faye Greener, nymphette artificieuse qui veut devenir actrice. Elle aussi habite le San Bernardino Arms, avec son père Harry. Entre rencontres loufoques, aspirations amoureuses et écarts de conduite, "L'incendie de Los Angeles" narre la vie de ces êtres étranges et singuliers.

Tandis qu'on prend Tod pour le personnage central, voici qu'on le quitte totalement durant plusieurs chapitres pour privilégier le personnage d'Homer Simpson, lui aussi amoureux transi de la jeune Faye. Homer et ses mains qui semblent indépendantes de sa personne demeure un protagoniste intéressant, mais pas suffisamment pour véritablement combler la lecture qui manque d'accroches et de surprises. Ce quatrième roman, considéré par certains comme le meilleur, est relativement ordinaire, surtout dans sa première moitié, malgré son portrait anticonformiste de la population gravitant à Hollywood. L'atout de "L'incendie de Los Angeles" s'avère que West prend pour héros des êtres marginaux, insatisfaits et désœuvrés.

"Si seulement il avait le courage de se jeter sur elle. Rien de moins brutal qu'un viol ne pourrait convenir. Il avait la même sensation que s'il tenait un œuf au creux de sa main. Non qu'elle fût fragile, ou semblât même fragile. Ce n'était pas cela. C'était son air de totalité, sa perfection d'œuf, suffisante à soi-même, qui lui donnait envie de l'écraser."

Malgré certains passages joliment maîtrisés et des personnages misérables sans doute ahurissants pour l'époque, le lecteur d'aujourd'hui - qui aura vu passer Bukowski ou le plus contemporain Selby jr, auteurs autrement plus sulfureux et extrêmes - ne sera galvanisé que par le dernier tiers, lorsque Faye devient odieuse et qu'elle emménage avec Homer. West nous offre ainsi des scènes plutôt incongrues, comme cette traversée des plateaux de cinéma (dont cette superbe double lecture de la bataille de Waterloo) ou ce violent combat de coqs, sans compter la cohue finale dans la foule.

Contrairement au désarmant et fatidique "Un million tout rond" ou encore à la personnalité marquante de "Miss Lonelyhearts", sans parler du surréaliste "La vie rêvée de Balso Snell", "L'incendie de Los Angeles" fait pâle figure mais saura pourtant intéresser les curieux pour sa peinture de l'envers du décor faste et étincelant des riches studios de cinéma américain !

Le vrai chef-d'œuvre de cette époque demeure incontestablement "Demande à la poussière" du génial Fante !

R.P.



22/05/2015
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