Contre-critique

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"La nuit où le serpent fut tué" de H. Okuizumi

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"La nuit où le serpent fut tué" de Hikaru Okuizumi.

 

"D'abord, la teneur de l'échec. En un mot, le problème se résumait au fait que son organe saillant n'avait pas atteint la rigidité nécessaire à la pénétration. La cavité en face était parfaitement constituée sur le plan physiologique pour la réception, et dans la mesure où il faisait plus que deviner une attitude pleine de désir mêlé de délicates attentions..."

Le jeune professeur Akihiko s'apprête à épouser Machi, la bibliothécaire de l'université où tous deux travaillent. Pourtant le soir de ce qui devait être leur premier rapport sexuel s'est soldé par un échec. Akihiko s'interroge alors sur les causes de ce phénomène, se remémorant à la fois les moments de joie et d'excitation de la veille et le soupçon de tromperie annoncé par une lettre anonyme, concernant une liaison entre sa fiancée et le professeur Hisamatsu. Dès cette fameuse nuit, où un serpent apparut dans sa chambre, la destinée et les amours d'Akihiko semblent mis à mal.

"La lettre avait été immédiatement jetée à la corbeille. Il était contrarié, mais pas ébranlé. L'impression qu'elle lui avait faite avait glissé sur la paroi de son cœur comme des gouttes d'eau sur une surface métallique. Elle ne pouvait pas représenter un poids susceptible de créer des rides à la surface du marais de son esprit."

Akihiko pense d'abord à une accusation infondée, et à visée politique, de la part d'un membre de la faction conservatrice de son université, mais bientôt le doute dépasse la raison, et tandis que l'accusateur persiste, de folles pensées traversent l'esprit de notre héros. Car en définitive ce dernier ne connaît pas précisément sa fiancée et découvre de nombreuses zones d'ombres concernant sa personnalité.

Okuizumi écrit un cours et dense roman, proche du thriller, où il aborde des thèmes variés comme la politique de son pays, l'influence de la littérature ou le désir sexuel, tout en s'interrogeant sur les êtres qui composent son univers.

"D'ailleurs, il était bien normal d'essayer de se montrer toujours sous son meilleur jour à l'être aimé et, mis à part les occasions où l'on agissait ainsi par stratégie, personne n'était assez fou pour exposer intentionnellement ses côtés négatifs ou ses points faibles. Il était normal de ne pas connaître l'autre."

 Comme dans "Les pierres" Okuizumi navigue en eaux troubles et, peu à peu, la frontière qui sépare la réalité de l'affabulation s'amincit. Le serpent devient la figure récurante du roman tandis que le héros s'enfonce dans les méandres de sa pensée. Et lorsque de nouveaux personnages, telle la sœur aînée de Machi, font leur apparition, la trame se complexifie habilement.

On pourrait interpréter ce roman comme la matérialisation des angoisses liées à l'engagement du mariage. En effet Akihiko va passer par plusieurs phases telles l'impuissance, la crainte de la tromperie ou le désir envers une autre partenaire juste après s'être engagé auprès de sa fiancée qu'il se surprend à ne pas connaître. En se perdant en supposition, le héros va emmener avec lui le lecteur jusqu'au bout de son périple. Et bien que la fin soit annonciatrice d'une prise de décision quant à la résolution de son problème, le lecteur ne sera pas éclairé en ce qui concerne la réalité des suspicions à l'égard de Machi.

Roman prenant donc, mais si mystérieux qu'il risque de ne pas plaire à tout le monde.

R.P.



05/05/2015
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