Contre-critique

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"La philosophie de Lao Zhang" de Lao She

 

"La philosophie de Lao Zhang" de Lao She.

 

"Lao Zhang, quant à lui, n'ayant ni l'imagination des poètes ni l'humeur hédoniste des riches, levait la main droite pour compter les fruits de son abricotier tout en calculant dans sa tête comment les répartir entre ses élèves pour se rappeler au bon souvenir de leurs parents afin qu'ils n'oublient pas de lui faire le cadeau d'usage à la fin de l'année."

Lao Zhang, au départ le personnage principal du roman, est un quadragénaire qui n'agit jamais sans raison. Tous ces actes sont régis par un désir de manipulation à l'égard d'autrui. Il dirige sa propre école dans laquelle il enseigne et tente systématiquement de se placer en position de force, sans le moindre scrupule.

"Troisièmement, il est interdit de répandre à l'extérieur le bruit que Lao Zhang vend de l'opium, commerce auquel il ne se livre que depuis la fermeture par les autorités de la fumerie..."

Parmi ses élèves les plus récalcitrants, se trouvent Li Ying et Wang De, deux ado malicieux qui seront protagonistes principaux dans la suite du roman.

"Je te demande de balayer les feuilles et tu en profites pour manger mes abricots ! Je n'ai pas le temps maintenant, mais attends un peu et nous allons régler nos comptes !

- Ce n'est pas ma faute, professeur. J'ai levé la tête et un abricot m'est tombé dans la bouche."

Premier roman de Lao She, "La philosophie de Lao Zhang" prend tour à tour le point de vue de ces trois personnages et ne manque pas d'humour. Lao Zhang demeure le personnage malveillant de l'histoire. Il va avoir recours au chantage pour marier de jeunes concubines contre leur gré, en faisant pression sur les parents.

"Il sortit en courant, fondit sur celle qu'il avait appelée vieille truie et lui décocha un coup de pied dans les jambes. Elle tomba comme la mèche d'une lampe qui s'éteint. Les yeux révulsés, une grosse larme au coin des paupières, elle cessa de respirer."

Lao Zhang n'hésite pas à battre femme ou enfant lors de ces accès de colère et devient méprisable au fil du récit et de ses manigances. Sans parler de sa philosophie, basée sur l'argent et la trinité, qui ne révèle que son côté pingre, son opportunisme sans borne et son arrivisme.

"Des cuisiniers à l'aspect démoniaque, aussi ventrus que des juges, brandissant d'énormes louches aux manches longs de trois pieds, mélangeant avec un égal bonheur, sauce de soja, vinaigre, huile, sel, poulet, canard, viande, postillons, cendres, chiures de mouches et soies de cochon."

Lao She, auteur à la plume acerbe, profite de l'écriture pour critiquer son pays, la Chine, dénoncer les abus du pouvoir en place et des fonctionnaires, en passant par le journalisme, les restaurateurs et les enseignants. Mais la dénonciation ne se dépare pas d'un ton proche de la dérision humoristique.

"La voix de son oncle était à peine plus audible que le frémissement d'une feuille morte dans la bise hivernale."

Lao She execute parfois des tournures de phrases très poétiques et agréable à la lecture. Il y a également des passages philosophiques qui interroge le comportement humain et les dilemnes qui accompagnent la vie. Au chapitre 29, l'arrivée du personnage de quatrième Zhao est remarquable. Il décortique un personnage qui symbolise une pensé basée sur le partage et le don.

"La philosophie de Lao Zhang" est fondé sur des histoires d'amour qui ont du mal à se concrétiser. Mais on ne tombe jamais dans le romantisme niais. Au contraire, la force du roman est qu'il ne se termine pas comme on pouvait le penser. On évite tout manichéisme facile et poussif, et on découvre, tout comme les jeunes protagonistes, que les mauvaises actions ne sont pas nécessairement punies et que les valeurs morales ne sont pas justement récompensées. La convention est habilement évitée, et l'on découvre la vie telle qu'elle est, imprévisible, sans convention et pas forcément heureuse.

C'est un conte initiatique cruel, très bien illustré par le poème de la page 279.

Un livre réussi, même s'il n'est pas un chef-d'œuvre, à conseiller à ceux que l'humour, la Chine de 1920 ou la philosophie intéresse, car on y découvre de nombreux points de comparaison entre Orient et Occident.

R.P.



23/02/2012
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