Contre-critique

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"Le temps désarticulé" de P.K. Dick

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"Le temps désarticulé" de Philip K. Dick.

 

"... mais rien n'était parfait. Nulle part dans le monde. Surtout en ces temps, avec la bombe H, la Russie et la montée des prix."

C'est dans ce contexte historique très marqué et envahi par l'arrivée de la télévision dans les foyers, qu'en 1959, Dick écrit "Le temps désarticulé". On y retrouve ses obsessions liées à sa vie personnelle et, tout comme le chef-d'œuvre suivant, "Confessions d’un barjo" - roman réaliste écrit en 1960 -, l'auteur narre les mésaventures d'un homme qui vit avec sa sœur, son mari et leur enfant. Le récit débute également par une scène ayant lieu au supermarché, introduisant le mari, sauf que cette fois-ci, ce dernier travaille pour le supermarché et que la situation n'est pas aussi explosive et drôle que dans "Confessions d'un barjo".

Vic Nielson travaille donc chez Lucky Penny Supermarket, et s'est marié à Margo avec qui il a eu Sammy, un fils de 10 ans. Et toute la famille vit avec Ragle, 46 ans, le frère obsessionnel de Margo, qui passe ses journées à siroter de la bière tiède et à chercher la réponse à un concours de journal quotidien, intitulé "Où sera le petit homme vert la prochaine fois ?". La visite habituelle de leurs jeunes voisins, Junie et Bill Black, alimente leurs soirées banales, jusqu'à ce qu'un détail commence à dérégler la réalité, dès le deuxième chapitre, lorsque Vic essaie de tirer le cordon de la lampe qui n'existe pas. Mais ce n'est encore rien à côté de ce que vit Ragle Gumm, car certaines choses disparaissent, ne laissant à leur emplacement qu'une étiquette.

"... qu'est-ce qu'un mot ? Un signe arbitraire. Mais nous vivons avec des mots. Notre réalité se situe dans un univers de mots, non de choses. D'ailleurs une chose, cela n'existe pas, c'est une Gestalt au sein de l'esprit. La "chosité"... le sens de la substance. Une illusion. Le mot est plus réel que l'objet qu'il désigne."

Ce roman n'est pas la réussite escomptée, surtout quand on a vu auparavant "The Truman Show", le film qui s'en est inspiré, pourtant "Le temps désarticulé" est plutôt efficace dans le genre aventure paranoïaque qui n'en est pas une. Car son héros Ragle va s'imaginer au centre d'une machination et va essayer de fuir un environnement qui le retient captif. Et les craintes de Ragle vont devenir réalité.

Attention spoilers : En fait Ragle finira par s'apercevoir qu'il aide l'armée à intercepter les missiles ennemis à travers son jeu quotidien, et que c'est de son plein gré qu'il s'est enfermé dans un monde appartenant au passé et aux années cinquante, se retrouvant ainsi dans un univers falsifié et au sein d'une famille inventée de toute pièce.

La fin déçoit un tantinet, et aucune réponse ne nous est apportée concernant les étiquettes collectées par Ragle, ce qui est dommage. À part cela le roman, replacé dans son contexte historique, s'avère d'une grande réussite imaginative et se lit aisément et avec plaisir. Les fans de Dick ne doivent pas s'en priver.

R.P.



11/02/2017
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