Contre-critique

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"Phare 23" de H. Howey

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"Phare 23" de Hugh Howey.

 

"Au moins, j'ai déjà ma combinaison sur moi, et après avoir dormi dedans une semaine, l'odeur de sueur nauséabonde qu'elle dégage m'appartient. C'est cette vision positive de la vie qui m'a permis de supporter mes trois périodes d'affectation et demie ainsi que les six derniers mois de ma première mission d'aiguilleur de l'espace."

Dès le départ du roman, l'auteur nous plonge dans la solitude de son protagoniste, gardien d'une balise de l'espace employé par la Nasa. Tout comme les gardiens de phare de la Terre, notre héros est confronté à l'isolement et aux petits bruits qui deviennent son calvaire tout autant que son occupation principale, à savoir les traquer pour les faire taire. Le premier chapitre est fort réussi et le suspense grandit à mesure que les problèmes surviennent et que le héros s'aperçoive d'un piratage de son phare tandis que des cargos de l'espace sont en approche. On a donc droit dans les quarante premières pages à un beau rebondissement, ce qui est incontestablement un point fort pour le récit. Par la suite, sans vous déflorer les péripéties, disons qu'on quitte le réalisme pour basculer dans l'imaginaire SF, et qu'on croit se rapprocher d'un Iain M Banks, comme le champ d'astéroïdes homonyme du roman, avant de bifurquer au troisième chapitre dans le divertissement commun, pour ne pas dire banal.

"On dit que les tuiles arrivent par trois, mais je ne crois pas que ce soit vrai. Je pense que les tuiles arrivent constamment. Ça n'arrêtera jamais. Simplement, c'est trop déprimant de continuer à compter, alors on recommence à zéro après la troisième. En retenant notre souffle."

On sent que Hugh Howey est un habitué des traversées en mer et en solitaire. Il semble prendre appui sur son expérience de marin pour dresser le point de départ de son récit. Et cela s'annonçait adulte, mature et psychologique ; dommage que la seconde partie, débutant par de l'action nettement moins ambitieuse, devienne un récit de moindre qualité. À croire que notre héros aurait dû rester seul. Car dès que de la compagnie débarque, l'intérêt retombe. On déplore un amour trop rapide à naître - d'autant qu'il survient juste après un drame -, quelques redites lors de nouveaux chapitres - comme si l'auteur s'adressait à des lecteurs ayant besoin d'un rappel concernant les événements précédents.

Au final "Phare 23" ne se positionne pas clairement, et, naviguant entre projet intimiste ambitieux et divertissement grand public basique, finit par devenir vraiment maladroit. De plus la note de Howey, en fin d'ouvrage, pose une question intéressante mais qui n'apparaît pas vraiment dans son roman.

R.P.



16/01/2017
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